Angel



Bien plus qu'un simple dérivé, Angel crée son propre univers, un univers multi-dimensionnel (donc, d'une richesse infinie) peuplé de démons qui, paradoxalement, en disent long sur l'humanité et sur le mal qui la ronge. Angel, le Vampire, a autant de choses à dire que Buffy, la Tueuse de vampires : sa quête rédemptrice est aussi intense que la quête identitaire de Buffy, ses exploits seront aussi légendaires que ceux de son âme soeur. Les membres de son équipe, adultes cette fois, ont autant de comptes à régler avec les démons, et leurs démons.
Bien-sûr, Angel, après avoir quitté Sunnydale, la ville balnéaire (trop étriquée pour ce qu'il avait à accomplir), et Buffy (qui, par sa présence, le freinait dans sa mission et son ascension), ne pouvait atterrir qu'à Los Angeles, la Cité des Anges, ville de prédilection des noctambules (donc, des créatures de la nuit), ville qui ne dort jamais, et refuge des âmes perdues, terreau idéal pour démons en tous genres, et des êtres en quête de pardon. Angel doit oublier et faire oublier Angelus.
Plus ancrée dans les tourments de l'humanité que sa série soeur (Buffy l'était surtout dans les affres de l'adolescence), Angel donnera l'occasion à son héros et à son équipe d'affronter l'Apocalypse, la vraie, celle que l'humanité endure tous les jours. Les associés de Wolfram et Hart (qui prend la forme d'un cabinet d'avocats !) ne sont que le reflet de l'âme humaine. L'équation est simple : le Bien ne vaincra jamais le Mal, et le Mal ne vaincra jamais le Bien. Angel, le bi-centenaire (une moitié passée au service du Mal), ne pouvait finir comme Buffy, l'ado devenue femme. La victoire de Buffy se devait d'être totale (les certitudes de la jeunesse), celle d'Angel plus incertaine et moins radicale (les incertitudes de la sagesse). Car le but d'Angel, en déclarant la guerre au Loup, au Bélier et au Cerf, n'est pas seulement d'adresser un grand coup de pied dans la fourmilière, il est aussi et surtout de donner l'exemple, de dire que la somme de petites victoires (fussent-elles grandes) est finalement importante. Le message d'Angel et donc de Whedon est clair : ce qui compte finalement, c'est combattre. C'est ce que veut dire le final en suspens de la série.
Plus mythologique que Buffy contre les vampires, Angel raconte donc une ascension, celle de son héros, au rang d'agent mythologique du Bien (si le final est si beau, c'est aussi parce qu'on comprend qu'il en acquiert les galons à ce moment-là) pour rétablir l'équilibre avec ce qu'il fut en tant qu'Angelus, un agent mythologique du Mal.

Aucun commentaire: