Serenity



Serenity est un vaisseau spatial. Un vieux coucou qui porte mal son nom. Un personnage à part entière, comme le Bebop de Watanabe, auquel il ressemble beaucoup. Mal, le capitaine du Serenity, ressemble aussi beaucoup au cowboy de l'espace.
Mal est le vétéran et le héros d'une guerre perdue. Une guerre de sécession. Pour emmerder le vainqueur, il est devenu un hors-la-loi.
Mal, comme tous les champions de Whedon, s'est entouré d'une famille : Zoe, la seconde, future Jasmine ; Kaylee, la jolie mécano qui en a ras-le-bol des plaisirs tirés de gadgets à piles (çà suffit, maintenant. Je veux vivre) ; Jayne, le gros bras qui, à chaque casse, beugle le nom de Mal ; Wash, le pilote ; deux auto-stoppeurs, un docteur et sa soeur, River, une jeune télépathe aux talents cachés (qui vont se révéler) ; Inara, la belle princesse, une courtisane désormais formatrice (elle apprend à mentir dans un palais du plaisir).
Comme Buffy, Mal est confronté à un Caleb. Un croyant. Un pur de dur. C'est aussi son histoire. Whedon n'a de cesse de délivrer le même message : le mal réside et s'épanouit dans l'uniformité, le conformisme, les intégrismes, le puritanisme, et ses serviteurs ont l'apparence de prêcheurs ou de yuppies (en vérité des morts-vivants) : l'Opérateur dans Serenity, Caleb dans Buffy, les employés de Wolfram et Hart dans Angel.
Les héros de Whedon n'ont de cesse de combattre l'autorité qui les diffuse. Et comme Buffy, comme Angel, Mal se relève toujours. Le mal dans Serenity, et chez Whedon, se manifeste dans la lumière (la planète Miranda baignée d'une lumière blanche et aveuglante, les projecteurs des vaisseaux Reavers), les décors immaculés, asseptisés (les laboratoires de l'Alliance, ceux de l'Initiative dans Buffy, les bureaux de Wolfram et Hart dans Angel). Le bien, au contraire, se révèle dans les ténèbres, dans les décors rongés par la rouille (le Serenity), dans le bordel et le cosmopolisme. Celui de Blade Runner : le refuge du Serenity et de son équipage.
Serenity, le film, est un western et un road movie galactique : les nouvelles terres formatées ont remplacé les déserts d'Amerique et d'Australie, ceux de Billy et de Max. L'espace infini a remplacé l'Ouest terrien trop étriqué. L'horizon de Whedon n'a pas de limites.
Serenity est aussi une balade irlandaise. Au début de l'histoire, lorsque le Serenity a du mal à pénétrer l'atmosphère d'une planète pour permettre à son équipage d'y commettre un hold-up. Au milieu de l'histoire, lorsque Mal retrouve Book et sa communauté. A la fin de l'histoire, lorsque le Serenity décolle à nouveau, pour fendre un orage, en laissant un morceau de sa carlingue. Pour continuer l'aventure.
Serenity, comme souvent chez Whedon, met également en scène un couple : une robot femelle mélancolique et son créateur, un génie baptisé Mr Univers, autrement dit la projection de Joss.
Serenity, après celle d'April et de Buffy, raconte aussi une balançoire. Et celle-ci est en feu.

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