Le jour des morts-vivants



On le sait, Romero aime ses zombies. Il les chouchoute. Davantage que les vivants. Bref, il leur donne le beau rôle.
Le premier zombie de Day of the dead fait froid dans le dos. Mâchoire en moins, il ne peut pourtant plus mordre. Filmé en contre-plongée, il est l'avant-garde d'une armée de morts-vivants répondant à l'appel d'une équipe d'exploration. C'est l'image la plus saisissante du cinéaste. L'équipe en question (une scientifique, son petit copain soldat trop fragile, un pilote d'hélicoptère désabusé, un poivrot) va vite renoncer. Les morts-vivants sont partout. Les survivants nulle part. Les caïmans sont dans la ville, en paix avec les cadavres ambulants. Ce sont les séquences les plus impressionnantes filmées par le plus grand théoricien de l'apocalypse.
Bub, le zombie "domestiqué" de Day of the dead, est quant à lui l'âme et la raison d'être du film de Romero. Il en est le personnage principal et la figure emblématique. Il est surtout l'un des plus beaux personnages du cinéma. Rien que çà. Car Bub, tout monstrueux qu'il puisse paraître, a une lueur magnifique dans le regard, celle d'un enfant qui s'éveille à la vie, celle d'un chien qui, en apprenant, veut contenter son maître. Bub se rappelle qu'il fut autrefois autre chose qu'un monstre abruti et maladroit. Quelqu'un qui savait lire, qui aimait la musique, qui savait saluer. Mais aussi qui savait manipuler une arme, et s'en servir.



Bub annonce le zombie pompiste et révolutionnaire de Land of the dead, l'opus suivant de Romero. Il préfigure son esprit de rebellion. Contre le massacre des siens pour le héros de Land of the dead, contre le chef militaire pour Bub, contre leur nature pour les deux. Bub ne va pas se nourrir des entrailles du chef des militaires. Il laisse ses congénères le faire, il ne s'abaisse pas à çà.
La plus belle scène du film montre Bub qui tend au cadavre de son ancien maître la chaîne dont il vient de se libérer, avant de se mettre à exprimer la détresse et la tristesse. Puis de se rappeler la colère et le désir de vengeance. Bub vient de concevoir la mort. Et donc la vie.



Bien-sûr, il y a aussi une femme dans Day of the dead. Cette femme-là n'est pas là pour figurer et crier.
Cette femme-là prend les armes. Pour pouvoir fuir les zombies , mais aussi pour lutter contre l'oppresseur, la faction militaire qui occupe avec elle et d'autres scientifiques le dernier refuge de l'humanité : un silot à missiles.

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