Nuages flottants



Maître du shômin-geki (drame de la vie quotidienne des petites gens), Mikio Naruse, immense cinéaste (de la trempe de Mizoguchi, Ozu et Kurosawa), l'est aussi dans la peinture pudique et désabusée des relations entre les hommes et les femmes.
Dans Nuages flottants, Naruse compose le portrait d'une femme éprise d'un homme qui ne mérite pas son amour. Le film raconte aussi sa difficile survie dans le Japon dévasté de l'après-guerre, face à la violence des hommes, à leur égoïsme et à leur lâcheté. La femme en question a les traits de la lumineuse Hideko Takamine, la muse du réalisateur. L'homme, c'est Masayuki Mori, l'acteur aux mille visages, du potier des Contes de la lune vague après la pluie à l'idiot du film éponyme, en passant par le frère violent de Frère et soeur du même Naruse.
De Nuages flottants, il émane comme de tous les films de Naruse, un parfum unique, une profonde mélancolie, mais aussi une énergie animée par la passion, qui détone dans son cinéma, d'ordinaire plus passif (tout au moins en surface).
Nuages flottants occupe donc une place à part dans la longue filmographie du réalisateur.
Sommet de l'art narusien (plans d'une beauté renversante, fluidité de la mise en scène), mais également drame somptueux, le plus beau film du cinéaste est aussi son plus douloureux. Adoptant l'état d'âme des personnages qui les vivent, l'utilisation des flashbacks par le cinéaste (celui de la virginité volée de l'héroïne, celui nostalgique évoquant sa passion naissante pour Tomioka en Indochine), peu coutumier du fait, n'est donc pas là pour combler le plaisir mélodramatique et masochiste du spectateur.
Filmé en studio mais aussi, fait notable dans le cinéma de Naruse, dans des décors naturels (des bains thermaux où les deux amants aiment se retrouver à l'île en proie aux éléments sur laquelle ils échoueront), Nuages flottants invite le spectateur au voyage au gré de celui des personnages.
Oeuvre majeure et intemporelle du 7ème art, Nuages flottants, de l'aveu même de Kurosawa et Ozu, est l'un des plus beaux films qui soient.

1 commentaire:

Nuno Pires a dit…

Je n'ai vu pour l'instant que deux films de Naruse, malheureusement. Je n'ai pas encore eu la chance de voir celui-ci, mais j'ai aimé ta façon d'en parler. Naruse est immense!