Body Snatchers


Où vas-tu aller ?
Où vas-tu te cacher ?
Où vas tu fuir ?
Nulle part.
Parce qu'il ne reste personne comme toi.

On pourrait ajouter à la litanie des profanateurs le "Toute resistance est futile" des Borgs de Voyager et de The Next Generation, dont la volonté et la méthode d'assimilation ne sont pas si éloignées de celles des extraterrestres du film de Ferrara.
On ne verra jamais le visage de ces envahisseurs. Ces envahisseurs-là (comme ceux de David Vincent) n'ont pas de visage. Ces êtres venus de l'espace prennent le nôtre.
La peur de l'assimilation, autrement dit les méfaits du conformisme, tel est le sujet de Body Snatchers. Entre les mains de Ferrara, ce remake de deux films marqués par leur époque (les années 50 et les années 70) ne pouvait être, lui, marqué que de l'empreinte crépusculaire de son auteur et de son directeur photo, le grand Bojan Bazelli qui imprima au film cette touche expressionniste si impressionnante et saisissante. Si la paranoïa (omniprésente dans le film de Siegel pour cause de guerre froide) n'est donc plus le moteur de l'histoire, ce qui génère cette incroyable volonté de résister chez les personnages de Ferrara, c'est la crainte primale (sans arrière pensée) de perdre son identité, donc son âme. Parabole des propres craintes du réalisateur ?
Une chose est sûre cependant : le film de Ferrara n'a rien d'un banal film d'horreur sans enjeu, d'autant que son message est nouvellement éclairé et amplifié par les événements qui ont marqué ce début de siècle. Toujours radicales, jamais édulcorées, les images de Ferrara trouvent aujourd'hui une plus grande résonnance.
Nudité des clones au regard déshumanisé, sac poubelle et camion benne pour les restes des corps assimilés (littéralement absorbés, profanés), sont les plus saisissantes, leur pouvoir d'évocation est phénoménal. Sans oublier la litanie des profanateurs pour inciter au sommeil et à la capitulation (celle de Carol à son compagnon et celle du final avec sa voix gutturale et inhumaine) qui file des frissons. A l'image de Carol qui hurle sur le pas de la porte pour battre le rappel des profanateurs, le film nous livre des scènes hallucinées, parmi les plus terrifiantes vues sur un écran.
Avec les films de zombies de Romero, Body Snatchers peut se vanter d'être l'un des rares films d'horreur où l'humain et la valeur vie ne sont pas mis aux oubliettes.

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