Miami Vice



C'est bien mal connaître le cinéma de Michael Mann que d'avoir attendu de Miami Vice un théorème d'action explosif évoluant dans le cadre d'une intrigue et d'une narration formatées et confortables. L'histoire, la mission undercover de deux flics à Miami et dans les bouges de Port-au-Prince ou d'Amérique latine, avec une échappée récréative et nostalgique à Cuba, n'est pas au coeur du projet Miami Vice. Les aventures de Sonny Crockett et Ricardo Tubbs servent en réalité de carburant à Michael Mann pour parvenir à son véritable dessein, clair comme de l'eau de roche : tendre à l'élégie, à la mélancolie, au sensationnel (au sens noble) à chaque instant du film, chaque plan, chaque regard, chaque geste, chaque gunfight. En un mot, tendre à l'épure. Combler le regard, l'oreille et l'âme du spectateur. Effets de loupe, visages irradiés par les néons d'une autoroute, par surexposition solaire ou lunaire, ciel nuiteux incandescent, caméra filmant au ras du sol, vues aériennes splendides (sur des chutes belles à couper le souffle), survols magiques (de Miami, de Colombie), scores planants ou enveloppants, techno-rap excitant, salsas cubaines intenses et entraînantes, arrêt sur l'image de deux mains qui se retrouvent, sont là pour faire ressentir au plus près, jusqu'à l'extase, les errances des personnages, la fièvre qui les anime, la mort qui les appelle, la vie qui les (ré)unit. On pense souvent à Soy Cuba dans cette façon qu'a Michael Mann de filmer en apesanteur et de célébrer la Vie. Complicité des sourires et des regards, complicité des attentions et des hochements de menton, danses séductrices et amoureuses lors d'une escale à La Havane, ou dans une boîte de nuit de Colombie, rappellent aussi combien Mann est un cinéaste de la sensualité, à l'instar du grand Delmer Daves. Colin Farell (impeccable) et Gong Li (qui ne se sera jamais autant livrée à une caméra) rappellent Glenn Ford et Felicia Farr dans le superbe western 3h10 pour Yuma. Les séquences romantiques à La Havane (havre de paix et du passé chez Michael Mann) ont le même pouvoir et le même intérêt que les premières minutes du film de Daves dans le saloon. Immense et essentiel. A l'image des moments intimes de Ben Wade et Emmy, ceux de Sonny et Isabella, magnifiques (holà chica ; holà chico) et touchants de franchise, sont la respiration du film, ses battements de coeur, davantage que les gunfights (contrairement à Heat).
Aussi tétanisantes soient les fusillades (le bluff n'est pas tant dans le jeu que dans la rapidité d'abattre ses cartes), les temps forts du film sont dans ses moments suspendus. Ainsi, la plus belle séquence du film montre des enfants courir dans la rue à l'arrière plan d'Isabella qui, dans un bar de La Havane, s'offre à Sonny en lui décochant la plus douce des caresses et en lui délivrant le plus tendre des sourires.
Profondément envoûtant, Miami Vice est un grand film mélancolique, qui ne vous lache plus après la projection et qui vous invite sans cesse à de nouvelles visions.

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