Star Trek : The Next Generation


Pour beaucoup, aimer Star Trek, quelqu'il soit, est une affaire de mauvais goût. Tant pis pour eux. Les malheureux ne sauront jamais à quel point The Next Generation, notamment, est une série intelligente et passionnante.
Pour les connaisseurs, aimer l'univers créé par Gene Roddenberry est un acte de foi. Foi en la science plutôt que dans des dogmes restreignant la pensée, l'abêtissant. Foi dans ses possibilités infinies qui nous permettront un jour, à bord de vaisseaux magnifiques, de tutoyer les étoiles, d'explorer des mondes nouveaux et étranges, de découvrir de nouvelles formes de vie et de nouvelles civilisations, de s'aventurer là où personne n'est encore jamais allé. Foi en l'humanité capable du pire comme du meilleur et croire qu'elle éradiquera un jour le pire.
Autrement dit, la qualité du propos, la profondeur des thèmes développés, le futur malgré tout optimiste décrit par la série compensent largement son apparat parfois kitsch et son jargon scientifique.
Définition de la vie, conception non religieuse du divin, pouvoir, oppression, libre-arbitre, identité, héritage sont quelques unes des questions majeures auxquelles est confronté l'équipage de l'Enterprise, 5ème du nom et vaisseau d'exploration de la Fédération des planètes unies. TNG (pour les intimes), c'est d'abord son équipage (une famille), encore plus attachant que le premier, à commencer par son capitaine, le très grand et très admirable Jean-Luc Picard (l'archéologie est sa passion, l'humanisme sa qualité première), le commandant en second William Riker (alias numéro un, le consigliere), le lieutenant commander Data (androïde en quête d'humanité), l'ingénieur en chef Geordi La Forge (il résout les problèmes du vaisseau), le lieutenant Worf (seul Klingon à faire partie de Starfleet, moins sombre que dans DS9), le conseiller Deanna Troi (grâce à ses pouvoirs empathiques et son humanité débordante, elle résout les problèmes de coeur et d'âme tout en étant d'une aide précieuse lors de négociations délicates), le Docteur Beverly Crusher (capable de miracles).
L'excellence de la série s'exprime tout aussi bien dans les épreuves personnelles des personnages (la quête de paternité de Data en est le poignant exemple, l'expérience de Picard avec la torture en est l'ultime), dans ses moments de franche comédie (les maladresses de Data, celles de Worf, l'expérience de Picard coincé dans un ascenseur avec des enfants !), que dans les rencontres de l'équipage avec des entités omnipotentes (le malicieux et tout puissant Q), dans ses confrontations avec les belliqueux Cardassiens ou Romuliens (voir le retour de Spock pour ramener ses cousins dans le giron de la philosophie pacifiste et logique de Vulcain). Le point d'orgue des aventures de l'Enterprise (de Picard en particulier) sera dans sa rencontre avec les terrifiants Borgs qui vont se révéler très vite l'ennemi ultime de la Fédération dans leur volonté d'assimiler toute vie dès lors que sa technologie leur permet d'avancer dans leur recherche de la perfection. Dans Le meilleur des deux mondes, charnière entre les saisons 3 et 4, Picard assimilé (son nom devenant Locutus) guidera l'attaque des Borgs contre Starfleet conduisant à la destruction quasi-totale de ses vaisseaux à Wolf 359, défaite laissant la Terre sans défense. Sauf sa dernière : l'Enterprise commandée par Riker, qui doit faire un choix : faire feu sur le cube Borg avant qu'il ne soit trop tard et donc tuer son capitaine pour qui il a la plus grande admiration (Riker déclinera toutes les invitations à commander son propre vaisseau pour rester aux côtés de Picard) ou essayer dans une dernière tentative de récupérer celui-ci.
Mais la perle la plus précieuse de The Next Generation est ailleurs : Lumière intérieure est son nom, Picard en est le pivot. Rendu inconscient par le rayon d'une sonde spatiale, Picard va être amené à vivre toute une existence sur une planète non répertoriée auprès d'un peuple inconnu dont il va devenir l'un des patriarches aux côtés d'une épouse aimante, de ses enfants et petits-enfants. La conclusion de l'épisode sera tout bonnement renversante, d'une ampleur aussi grande que celles d'oeuvres plus respectées (je pense notamment à celle de 2001), l'expérience de Picard ayant eu pour dessein de perpetuer un souvenir infiniment précieux. On peut toujours rêver... Que justice soit faite un jour à Lumière intérieure. Que cet épisode soit reconnu un jour comme l'une des plus belles histoires née de l'esprit humain et soit considéré comme un évenement majeur de la science-fiction, une date aussi importante que fut le film de Kubrick.
Saga phare de la SF télévisée, The Next Generation n'a rien à envier à la saga cinématographique des Star Wars (Roddenberry n'emprunte rien à Lucas ; son univers est bien plus riche que celui des Jedis et des Siths) ni avec les récits des plus grands écrivains du genre (si Asimov évoque une galaxie tout-humaine, Roddenberry en a une vision plus flamboyante en concevant un vaste pareterre de races extravagantes, et d'entités quasi-divines).

En avant toute...

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