Babylon 5



Ici la flotte White Star. Nous refusons de nous rendre. Nous ne nous retirerons pas, le commandeur Susan Ivanova à la tête des vaisseaux Rangers.
(Qui est-ce ? Identifiez-vous), le commandant d'un vaisseau terrien dont la technologie des Ombres rend quasiment invulnérable.
Qui suis-je ? Je suis Susan Ivanova. Commandeur. La fille d'Andreï et de Sophie Ivanov. Je suis le bras de la vengeance et le pied qui va botter vos pauvres fesses, et vous renvoyer sur la Terre, mon coeur. Je suis l'incarnation de la mort. Et la dernière chose vivante que vous verrez. Dieu m'envoie.

Ni reddition, ni retraite, telle est la devise de la série et tel est l'esprit qui anime le Capitaine John Sheridan (épatant Bruce Boxleitner), commandant de Babylon 5, vétéran et héros de la guerre contre les Minbaris (dont la capitulation, à la veille d'anéantir la race humaine, compte parmi les nombreuses énigmes de la série) et son second, le Commander Susan Ivanova.
Babylon 5 raconte l'histoire d'une station spatiale dont la mission, outre de favoriser les échanges commerciaux inter-planétaires, est de maintenir la paix au sein de la Galaxie. De "port d'escale pour les diplomates, les entrepreneurs, les escrocs, les vagabonds" où se rencontrent humains, Minbaris, Narns, Centauris, Drazis, Brakiris, Pak'ma'ras et maintes autres races, elle va se transformer en "balise étincelante dans l'espace, seule dans la nuit" lorsqu'elle sera conduite, sous le commandement de Sheridan, à jouer un rôle majeur dans les soubresauts de l'univers, dans le choc entre les grandes puissances et les puissances émergentes à la recherche de leur affranchissement, dans l'émancipation des peuples opprimés. Le refuge des derniers espoirs. Une forteresse de lumière pour affronter l'Obscurité.
Créée par J. Michael Straczynski (grand animateur et figure de proue des comics books), Babylon 5 est un monument de la SF qui réduit 2001 à un nota bene de l'aventure spatiale. Car B5, dans ses thèmes (l'imperialisme colonial, le concept divin...), ses circonvolutions (les jeux de pouvoirs), ses enjeux à l'échelle de la Galaxie, matérialise sur écran les visions et préoccupations des meilleurs romans de science-fiction, ceux de l'âge d'or, ceux de Robert A. Heinlein, d'A.E Van Vogt, en vérité les influences majeures de la série.
Rejoignant le sujet d' A la poursuite des Slans sur les affres de la télépathie (le roman parle de la persecution dont sont victimes les télépathes ; la communauté de Byron répond à celle de Jommy Cross), Babylon 5 a le souffle libertaire de Révolte sur la Lune, celui, épique et flamboyant, des spaces operas d'Edmond Hamilton (les Drakhs ont la même démarche que les H'harns), tout en prolongeant le message que voulait transmettre Kubrick dans 2001 : l'explication rationnelle et la définition scientifique du divin.

A une époque lointaine où les ancêtres de l'homme se détachaient en rampant du limon originel, il a du y avoir dans l'univers des civilisations qui ont envoyé leurs vaisseaux spatiaux explorer les bords les plus reculés du cosmos et conquérir les secrets de la nature. De telles intelligences cosmiques, qui ont augmenté leurs connaissances pendant des éternités de temps, seraient aussi éloignés de l'homme que nous le sommes des fourmis. Ils peuvent être en communication télépathique instantanée à travers l'univers ; ils ont peut-être conquis le contrôle de la matière et peuvent se télétransporter télékinétiquement en un instant à travers les galaxies comme consciences immortelles et incorporelles. En commençant à envisager ces possibilités, vous vous rendez bien compte que les implications religieuses sont inévitables, parce que tous les attributs fondamentaux de ces intelligences extraterrestres sont les attributs que nous donnons à Dieu.
Ainsi parlait Stanley Kubrick.

Nous n'avons plus besoin de vous. Nous avons appris à nous débrouiller seuls. Maintenant, fichez le camp de notre Galaxie ! Tous les deux. Sheridan à l'émissaire Vorlon et à celui des Ombres qui exigent un choix, celui de l'ordre et de l'obéissance (qui êtes-vous ?), ou celui du chaos et de l'évolution (que voulez-vous ?), théorie proche de celle diffusée par le monolithe noir de 2001 : l'homme ne gagnera les étoiles que parce que son ancêtre le singe aura appris à tuer.

Babylon 5 s'épanouit dans la rage (celles d'Ivanova donnent le frisson) comme dans le mariage, celui des esprits : la communion de Kosh avec son vaisseau organique (son dernier vol, aussi bouleversant que magnifique), celle de Sheridan et de Kosh, en sont les plus beaux témoignages.
Hautement symbolique, Babylon 5 l'est d'abord dans les corps et les formes. Si l'aspect des vaisseaux (celui de Kosh est d'une grande beauté) reflète l'âme de leurs locataires, l'aspect des races en dit tout aussi long sur leurs velléités : des êtres de lumière qui se cachent sous une armure et qui, lorsqu'ils doivent apparaître au grand jour (le sauvetage de Sheridan, l'apparition de Valen), s'adaptent à leurs spectateurs et ne dévoilent pas leur vrai "visage" ; des êtres arachnéens furtifs, qui tissent leurs toiles et tirent les ficelles, montant les uns contre les autres ; des presque humains soucieux de leur apparence (fiers comme des paons) et qui ont les dents longues tels des vampires ; des êtres reptiliens parés de peaux splendides, ou sommaires ...

Tout le monde vient voir Zathras quand il y a des problèmes. Une grosse responsabilité. Mais çà ne dérange pas Zathras. Zathras est formé en gestion de crise. Mais Zathras n'a personne à qui parler. Personne ne gère le pauvre Zathras. Alors Zathras parle à la terre. Parfois il parle aux murs. Ou aux plafonds, mais la terre est plus proche. La terre a l'habitude qu'on lui marche dessus. Comme Zathras, mais on finit par aimer çà. C'est notre rôle. C'est notre destinée dans l'univers. Parfois, il y a des insectes dans la terre et Zathras aime les insectes. Pas très bons pour la conversation, mais c'est des protéines pour l'alimentation.
Zathras, l'un des gardiens d'Epsilon 3, la planète mystérieuse et interdite autour de laquelle tourne Babylon 5.

G'Kar à Ta'lon : Où est mon livre, Ta'lon ? Le livre que je redigeais depuis deux ans. C'est mon seul exemplaire. Ta'lon : Oui, c'est précisément pour cela. Le Kha'ri a pensé que si quelque chose vous arrivait, il ne sortirait jamais, donc nous l'avons ... libéré. G'Kar : Libéré ? Ta'lon : Nous l'avons ramené chez nous. Ceux qui l'ont lu ont été très émus par le livre. Et ils l'ont dupliqué. G'Kar : Dupliqué ! Ta'lon : Juste quelques exemplaires. Pour leurs amis qui en ont refait quelques copies. G'Kar : Combien ? Ta'lon : Difficile à dire précisément. Il y a eu un peu d'agitation chez les imprimeurs. G'Kar : Les imprimeurs ! Combien ? Ta'lon : Cinq ou six cent ... mille. G'Kar : Quoi ? Ta'lon : J'ai entendu dire qu'il allait mieux se vendre que le livre de G'Quan. Félicitations, citoyen G'Kar. Vous êtes désormais une icône.

G'Kar à Lyta qui vient de se libérer de ses chaînes : Vous pouviez les ôter n'importe quand. Lyta : Tout le monde était plus tranquille. De plus, j'ai fini par m'y attacher. G'Kar : J'ai hâte de voir l'univers à vos côtés, Lyta. Peut-être trouverons-nous l'extraordinaire. Ou l'extraordinaire nous trouvera-t-il. En tout cas, ce sera l'aventure. Lyta : Je sens un autre livre. G'Kar : Quelle merveilleuse idée !

En suivant les aventures de Sheridan, Delenn, Ivanova, G'Kar, Marcus, Kosh, Lyta, le spectateur verra les rayons fabuleux et les navires en feu qu'évoquait Batty le Nexus 6, car Babylon 5 est, à l'image de Blade Runner, un grandiose poème du futur, car Babylon 5 est la plus belle des odyssées et le plus beau des opéras, car Babylon 5 se vit autant qu'elle se voit, car le spectateur dont il est question aura gagné un supplément d'âme et ne verra plus la vie de la même façon, car le spectateur que je suis n'a désormais plus qu'une seule pensée : exister en 2258 et s'en aller vagabonder en compagnie de Lyta et G'Kar.

Nous venons des étoiles, nous retournons aux étoiles ...

Nos séparations sous-entendent des retrouvailles, ailleurs, en d'autres temps, au cours d'autres vies. Nos âmes font partie de ces lieux. Et nous repasserons encore par ici.

Paix à l'âme d'Andreas Katsulas, merveilleux en G'Kar, qui vient de quitter ce monde pour rejoindre les étoiles, et, sans aucun doute, la planète Narn.

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