Elle s'appelait Scorpion



Porte-parole des femmes bafouées et icône du cinéma d'exploitation japonais (le pendant féminin d'Itto Ogami mais pas son alter-ego), Sasori ne pipe pratiquement pas mot dans le long métrage halluciné de Shunya Ito. Ce personnage-là n'a pas besoin de causer pour se faire entendre. Mutique tant dans les expressions du visage que dans la parole, Matsu alias Scorpion interprétée par Meiko Kaji (qui fut également Lady Snowblood, autre icône vengeresse) s'est construit une carapace que rien ne peut ébranler. Ni les viols que lui infligent les matons, ni les humiliations qu'on lui fait subir, ni les passages à tabac qui la laissent pour morte dans un fourgon cellulaire. Les premières images du film donnent le la. La femme Scorpion, enchaînée au fond d'un cachot, méchamment en croix, affûte une cuillière pour en faire un couteau. Avec le seul organe qu'elle a libre : sa bouche ! Envoyée dans ces oubliettes par un directeur de prison sadique et rancunier (Sasori en veut à ses yeux), Matsu est entrée en résistance avant que, via sa cavale (rythmée par le mélancolique Onnano Urami Bushi de la Kaji), Lady Vengeance n'entre en scène, débarassée de son pancho très spaghetti et parée d'un costume psychédélique d'époque.
"Déjà morts", les seuls mots prononcés par Sasori sonnent comme une condamnation et une sentence, pas seulement des évadées l'ayant trahi et de leurs otages, mais surtout celle de l'humanité restée à l'état sauvage de ses origines. Du paysage noir et désertique aux carrières pour travaux forcés, jusqu'à la montagne d'ordures dans laquelle finit la plus terrible de ces bagnardes, celle qui appelle à l'aide le fils qu'elle a tué, les décors du film reflètent l'âme et l'état d'âme des personnages qui les habitent.
Road movie, film de fantômes, film gore (un bon mâle est un mâle empalé au niveau de ses attributs), film de prison pour femmes, film de vengeance, western transalpin, véritable manga live, Female Convict Scorpion : Jailhouse 41 convoque une multitude de genres de l'extrême, tout en offrant au spectateur de belles échappées pleines d'émotions, celle provoquée par un spectre récitant en mode kabuki les forfaits qui ont conduit chacune des évadées en prison, celle du final, surréaliste et sublime, montrant Sasori partager sa vengeance avec les fantômes de ses anciennes co-détenues.

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