Ghost in the shell



Corps et âme

Veni sancto spiritus, çà fait un bail major, comment dois-je m'adresser à toi ?, c'est ainsi que Batou accueille Kusanagi dans Innocence, le second volet de Ghost in the shell et c'est un condensé du cinéma d'Oshii. Le véhicule, la communication et l'âme, telles sont les problématiques rencontrées par ses personnages, telles sont les préoccupations du cinéaste et les questions qu'il pose.
Peintre, poète et philosophe : Mamoru Oshii est tout cela. Car Mamoru Oshii, à l'instar d'Andreï Tarkovski (L'enfance d'Ivan, Andreï Roublev), compose ses plans comme des tableaux (un plan, un chef d'oeuvre), les assemble avec une harmonie et une maîtrise saisissante, en donnant à ses images un sens métaphysique éblouissant et vertigineux.
Quand l'âme du second opus est cette fillette promise à devenir une gynoïde (cyborg conçue à des fins sexuelles), l'âme du premier est le major Motoko Kusanagi, cyborg au corps sublime chargé, au sein de la section 9 du ministère de l'intérieur, de mettre fin aux agissements de pirates informatiques. Ghost in the shell parle de sa quête d'identité : Motoko veut savoir si sa mémoire est réelle ou inventée, si le "fantôme" a existé avant d'être implanté dans la "coquille".
Le film trouve (naturellement) sa conclusion dans un ancien muséum d'histoire naturelle, sur la fusion quasi-divine entre le maître des poupées (en quête d'une enveloppe) et Kusanagi (en quête de son âme). L'Evolution de la Vie vient de franchir une nouvelle étape, pleine de promesses : la conscience, humaine ou non, vient de trouver un nouveau vecteur pour exister (se perpetuer indéfiniment) : la matière n'est plus indispensable. Comme Mike, l'ordinateur central de Révolte sur la Lune, le formidable roman de Robert A. Heinlein, et comme Hal de 2001, le puppet master, au fil des informations qu'il a acquises, s'est transformé en entité consciente.

Quand je danse, une belle fille se laisse aller au fil du vertige.
Quand je danse, la lune qui m'éclaire fait résonner certains souvenirs, Dieu descend du ciel pour assister au mariage et l'oiseau Nue chante à l'aube.

Ces paroles sont celles du score terrassant de Kenji Kawai, elles s'inspirent de la poésie japonaise classique vieille de 1000 ans. Elles sont le reflet de mon sentiment d'avoir été bercé par une sensualité et une poésie magnifiques, en goûtant aux intenses et délicieux "stripteases" de Kusanagi, en assistant à sa naissance et à sa mort physique, à sa réincarnation, en plongeant aussi dans son regard immense, jusqu'à l'extase. A vouloir éveiller la conscience des hommes, Mamoru Oshii le Grand philosophe accorde aussi à ses personnages la faveur et le pouvoir de réveiller l'esprit de Dieu, grâce à cette invocation shintoïste finale à vous libérer l'âme : To-o kami emi tame.

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