Kill !

Tu es beau en habit de samouraï.
Je ne veux plus être samouraï : cette parure m'écrase les épaules et j'ai froid à la tête.

En quelques mots, Tabata résume le propos du film, qui est de dénoncer le monde faux et impitoyable des samouraïs, décrits comme de simples pantins, leur loyauté aveugle ne servant en réalité qu’à asseoir les ambitions personnelles de chefs de clans sans conscience. Le message du réalisateur est clair et sans appel : le code d’honneur des samouraïs est caduque car il n’a aucun sens et la voie du samouraï n’est donc qu’un leurre. Pire, “un métier sans intérêt”, dixit le chambellan Moriuchi.
Kill ! conte les (més)aventures d’un paysan, Tabata Hanjiro dit le bouseux, qui a vendu sa terre pour acheter un sabre et devenir samouraï. Genta, lui-même ancien samouraï, désormais désabusé et yakuza vagabond, essaiera de l’en dissuader.
Campés par Tatsuya Nakadai et Etsushi Takahashi, Genta avec sa gueule de chien battu et Tabata avec sa gueule d’ahuri, forment un duo détonant.
A travers cette fable ironique, Okamoto, comme son aîné Kurosawa dans Les sept samouraïs, désigne le camp du seul véritable vainqueur, celui des paysans (le monde vrai et franc), quand leur fête finale met un terme à l’affrontement entre les deux factions d’un clan, et lors d’une scène hilarante, qui montre Tabata devenir littéralement fou de désir pour une prostituée, qu’il avait dans un premier temps délaissé (parce que trop grimée, parce qu’elle “ne sentait pas assez la terre”), lorsqu’il découvre que ses mains sont en réalité celles d’une ancienne paysanne qui ont déjà tenu une bêche et labouré !
Sous couvert d’un drôle de chambara, Okamoto (ancien assistant de Naruse) livre une oeuvre pleine d’humanité, notamment à travers le personnage du chambellan, réfugié dans un bordel qu’il déclare ne plus vouloir quitter après s’être attaché à ses locataires forcées.
Portée par la fabuleuse balade de Masaru Sato (guitares et trompettes signifient la parenté du film avec les westerns spaghettis), la pantalonnade (aussi osée que celle de Sanjuro de Kurosawa) se clôt sur l’un des finals les plus beaux, les plus généreux, les plus humanistes de l’histoire du cinéma. Rien de moins.

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