Le Mont Fuji et la lance ensanglantée



Film d'époque (jidai-geki), Le Mont Fuji et la lance ensanglantée (exhumé dans un écrin magnifique par Wild side) raconte un périple, celui de plusieurs personnages qui parcourent la route du Tokaido (celle menant à Edo) : un samouraï et ses deux serviteurs, un petit orphelin vagabond, une joueuse de biwa et sa petite fille, un policier qui essaie de capturer un voleur de grand chemin, un père qui veut racheter sa fille après avoir réuni les 30 pièces d'or nécessaires, un père qui s'apprête à vendre la sienne pour 30 pièces d'or.
Le film s'épanouit dans cette rencontre entre le (l'art subtil et maniéré destiné à l'élite) et le Kabuki (le spectacle exhubérant, coloré et drôle du petit peuple). Une rencontre placée sous le signe de la compassion et de la bonté d'âme, celle que montre la plupart des personnages. Celle que montre notablement le samouraï qui prête attention à ses serviteurs et essaie de vendre un sabre de famille (symbole de son existence, qui se révèlera être un faux !) pour venir en aide à une jeune femme destinée à l'esclavage. Ce samouraï qui a le saké mauvais parce qu'il n'apprécie pas son existence, parce que son âme est trop tendre pour être dirigée par une arme, et pour la servir, parce qu'il n'aspire en réalité qu'à la vie simple des petites gens qu'il cotoie lors de ce voyage.
Dénonçant l'archaïsme des rapports humains chez ses ancêtres, et par contre coup chez ses contemporains, Uchida donne l'occasion à ses personnages qui n'appartiennent pas au même monde de se mélanger. Un mélange qui n'est pas du goût des tenants de la séparation : les samouraïs qui reprochent à leur congénère de boire à la même table que son serviteur, l'autorité qui ne veut pas reconnaître l'action héroïque du lancier et qui récompense le samouraï car "le serviteur n'est rien sans son maître".



L'art de la mise en scène (celle d'Uchida est magistrale) est ici au service de plusieurs histoires qui finissent par en devenir une, celle du Japon unifié qui finit par l'emporter sur le Japon des samouraïs et des castes, la plus belle scène du film montrant les deux enfants jouer sur la plage, sous le regard tendre d'une mère et d'un père adoptif. Une perspective de famille idéale. De Japon idéal. Un îlot touchant dans un monde de brutes. La vision d'un bonheur simple et attachant. A l'image du film.

2 commentaires:

Nathako a dit…

Un excellent film! Dans une grande sobriété Uchida met en avant une immense humanité. Avec une pincée d'humour, ce film est vraiment très émouvant.

Peut-être l'as-tu déjà vu, mais si ça n'est pas le cas, je te recommande vivement "Le Détroit de la faim" de Tomu Uchida, un monument du cinéma japonais.
J'avais écrit un post dessus :
http://cosmopolitanstories.blogspot.com/
2006/12/tomu-uchida-le-dtroit-de-la-faim.html

Rom a dit…

J'ai vu Le détroit de la faim et Meurtre à Yoshiwara, grâce au sublissime coffret DVD de Wild Side (grand merci à cet éditeur).
C'est vrai que Le détroit est un grand film mais je préfère Le Mont Fuji, que je place très haut, dans mes 20 favoris.