Le sabre du mal


Le sabre du mal, réalisé par le vénérable Kihachi Okamoto, est au chambara ce qu'est The Blade au wu xia pian ou L'enfer est à lui au film noir, une oeuvre radicale et apocalyptique.
Le sabre est l'âme. L'étude du sabre, c'est l'étude de l'âme. Ame perverse, sabre pervers, déclare Maître Shimada Toranosuke (Toshiro Mifune, magnifique), la voie et la voix sage du sabre (celle de la légitime défense), après avoir décimé toute une escouade de samouraïs.

L'autre voie du sabre est celle incarnée par Tsukue Ryunosuke, campé par un ténébreux Tatsuya Nakadai dont le regard n'aura jamais été aussi noir. Ce personnage dantesque ne vit que par et pour le sabre : son sabre est son âme. Il tue pour tuer et se rassurer sur sa technique.
La mise en scène d'Okamoto est toute entière au service de ces deux voies, calquée sur l'état d'âme de Shimada et Ryunosuke.

Le combat de Shimada se déroule sous la neige, les coups portés sont purs, et la séquence se clôt sur un sermon et des regrets d'avoir du tuer tant de gens.
Le combat de Ryunosuke se déroule dans un bordel qui prend feu, Ryunosuke se bat d'abord, en déchirant le décor, contre les fantômes de ses nombreuses victimes, puis enchaîne sur les membres de son propre clan, les coups portés par Ryunosuke traduisent sa folie nihiliste et destructrice, et la séquence se clôt, en même temps que le film, sur un arrêt sur image tétanisant.

Le sabre du mal, c'est aussi la douce orpheline Omatsu,
interprétée par la très jolie Yoko Naito, dont le destin est de devenir une courtisane après que son grand-père ait été assassiné froidement par un Ryunosuke au sommet de sa noirceur.

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