Pulp Fiction

L'excitation et le plaisir ressentis à la projection de Pulp Fiction furent, au même titre que les émotions éprouvées à la vision de Zombie, Bonnie and Clyde et Blade Runner, des éléments détonateurs dans mon envie forcenée de cinéma, un évenement majeur dans ma cinéphilie. En réalisant cette fiction pulpeuse, Tarantino n'a eu de prétention que de faire son cinéma, rien que son cinéma. Si les gangsters et l'héroïne de Pulp Fiction semblent appartenir à la mythologie du film noir américain et de la nouvelle vague française, ils n'en ont en réalité que l'apparat, noir et blanc. Si Travolta revet l'armure de Mc Queen dans Guet-Apens, si Uma revet l'apparence de Karina dans Vivre sa vie, Vincent Vega et Mia Wallace n'appartiennent qu'à Tarantino. Son Pulp Fiction est foncièrement sincère en ce qu'il parle essentiellement de son auteur (l'ami Quentin, rappelons-le, ne pense qu'en termes de cinéma), de ses lubies, de ses goûts et couleurs, délivrant une saveur unique et sensuelle, flamboyante et jouissive, celle d'un milkshake et de pancakes succulents, celle d'un Martin et Lewis et d'un Big Kahuna Burger alléchants. Son Pulp Fiction est un croisement inédit entre Tex Avery (les "résurrections" de Mia et Vincent en soulignent la parenté) et la série noire, illustré par le pop'art.
Pulp Fiction, c'est Mia qui danse en solo sur un poignant "Girl, you'll be a woman soon", et qui danse avec Vincent un twist entré dans la légende du cinéma ; c'est aussi l'histoire d'une montre et de ses aventures déchirantes ; c'est Butch qui, le sourire en coin, se déclare sous-estimé après sa confrontation avec Vincent, et qui retrouve Marsellus sur son chemin quelques mètres plus loin ; c'est Marsellus Wallace le chef de gang respecté qui subit les derniers outrages par un flic pervers et Butch qui vole à son secours, katana à la main ; c'est Vincent ressuscité qui range son flingue dans son short et qui, quelques instants auparavant, le visage aspergé du sang et de la cervelle de Marvin, déclarait : "j'ai pas fait exprès, c'est parti tout seul". Tout un symbole du cinéma ludique de Tarantino qui, outre une distorsion temporelle créée pour accroître le plaisir du spectateur, provoque aussi une explosion multi-sensorielle dont le feu d'artifice se déroule au Jackrabbit' Slim, lieu magique et décor de cinéma sensationnel (déjà mythique). Le paradis de Tarantino, selon Tarantino, qui convoque ses nombreuses icônes, ses nombreux fantômes.

I shoot Marvin in the face

Pulp Fiction, c'est le pied intégral.

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