Swallowtail Butterfly



Traversé par My way, le film d'Iwai retrace le chemin de laissés pour compte de la société japonaise. Déshérités et marginaux de par leur origine et leur condition sociale, la belle chanson de Sinatra (l'originale et celle reprise par Chara) sied comme un gant aux personnages de Swallowtail Butterfly.
Réfutant tout un pan du cinéma japonais qui ne s'adresse qu'aux nationaux, Iwai donne la parole à ces oubliés venant de Chine, réfugiés dans un bidonville géant situé en périphérie de la mégalopole tokyoïte (alias Yentown). Ainsi, Swallowtail Butterfly ne parle pas beaucoup la langue du pays. Portant un amour immodéré à ses personnages, Shunji Iwai en dresse un portrait attachant, parfois drôle, parfois dramatique, souvent fun. Film-fleuve de près de trois heures, tantôt paisible, tantôt tumultueux, Swallowtail Butterfly mélange les genres avec bonheur. Du film musical au film de gangsters new age, Ageha, l'adolescente orpheline, est le pivot de toutes ces histoires. Elle en est la traductrice, celle qui conte Yentown au spectateur, celle qui parle pour les autres, le plus souvent en anglais, qui sert de passerelle entre le mandarin et le japonais. Celle aussi qui s'est fait tatouer un papillon sur la poitrine en hommage à celui qu'elle a, enfant, tué par accident.
Partagé entre le plaisir et l'émotion, le spectateur n'oubliera pas de si tôt cette jolie donzelle qui, avec un bazooka, élimine un gang de mafieux chinois pour prendre ensuite une pose cool et sexy. Ni son complice sniper mettant en joue le seul survivant, Mao Foo, qui arbore au visage une peinture de guerre sensationnelle et identitaire : this day is a good day to die. Ni ce boxeur noir américain échoué au Japon qui adresse un magistral bourre pif à un japonais qui tentait de violer l'héroïne. Défenestré, le type va s'écraser quelques étages plus bas avant de finir écrabouillé encore vivant par un camion benne. Là où va toutes les ordures.

4 commentaires:

Guillaume a dit…

Pour ma part, un des meilleurs films mondiaux de tous les temps. Chaque image résonne encore dans ma tete ! Et Iwai est un pur génie.

Rom a dit…

Un film merveilleux et fun, avec des accents tragiques. Le film suivant d'Iwai, le magique Love Letter, fait partie de mon top 10.

Guillaume a dit…

D'ailleurs, un jour, je ferai un focus complet sur l'oeuvre de Iwai. Clips, films, courts métrages, TV drama, livres, musiques.... un jour. En attendant, un portrait presque à jour de ce réalisateur trop méconnu http://nihon-eiga.over-blog.com/categorie-483208.html

Rom a dit…

D'Iwai, j'ai vu aussi Picnic et le superbe moyen métrage April Story. Je m'apprête bientôt à voir All about Lili Chou Chou et Hana et Alice.