The Blade



On n'a jamais vu çà. çà, c'est The Blade. Le wu xia pian ultime et originel. Mais surtout l'un des films les plus inventifs qui ait été réalisé. L'un des plus importants donc. Car The Blade est un film révolutionnaire avant toute chose. Cette révolution filmique, on la doit à Tsui Hark, génie du cinéma (pas seulement hongkongais) qui réinventa de magnifique façon le mythe de Wong Fei-hung dans sa saga Il était une fois en Chine.
Dans The Blade, Tsui s'empare du manchot, autre figure mythique du cinéma de Hong Kong, héros importé du Japon (Tange Sazen étant à l'origine du mythe) et devenu emblématique avec La rage du tigre de Chang Cheh. Dans The Blade, Tsui convoque donc l'héritage chambara, notablement à travers ses autres icônes que sont le loup Itto Ogami et le masseur aveugle Zatoichi. Les clins d'oeil du cinéaste hongkongais au cinéma du Soleil levant sont édifiants, de l'enfant harnaché sur le dos de son père au vêtement du héros qui se fend pour révéler sa blessure au dos, séquences évoquant respectivement les Baby Cart et La vie d'un tatoué de Suzuki. La manière de combattre du manchot rappelle aussi celle de Zatoichi. Enfin, lors du final dans la forgerie, le commanditaire de Fei Lung (sa tunique blanche, ses longs cheveux noirs en liberté) fait penser à Hyoei, l'un des fils du seigneur de guerre Retsudo Yagyu, dans le sixième volet des Baby Cart, Le paradis blanc de l'enfer.
Révolutionnaire, The Blade l'est à plus d'un titre.
Révolutionnaire, d'abord parce que le chaos est le sujet du film. Le film, loin d'être crépusculaire, décrit l'aube de l'humanité. Son âge de fer. Il raconte l'état barbare et primitif de ses origines avant qu'elle ne se trouve des héros pour la faire évoluer.
Révolutionnaire aussi, parce que le chaos est au coeur de la mise en scène. La plus folle qu'un réalisateur puisse imaginer, mais loin d'être hystérique et épileptique, car totalement maîtrisée. La plus hallucinante qu'un réalisateur, et que Tsui Hark, alors au sommet de son génie, ait engendrée. Abandonnant la fluidité qui épousait le kung fu majestueux de Jet Li et les aventures du maître de Fu Shan que Tsui avait voulu amples et épiques (le troisième volet marquant l'aboutissement à la fois formel et spectaculaire de cette entreprise) au profit d'une réalisation chaotique (incroyablement excitante) faite de brusques recadrages et de zooms contradictoires (bien plus percutants et judicieux que ceux de Chang Cheh), de changements chromatiques et de superpositions de plans (donc, de points de vue) sidérants, réalisation transcendée par une bande son au diapason des images (mélange de notes tribales et orientales). Recherche de la vitesse absolue, quête d'une intensité de tous les instants, telles sont les motivations profondes du cinéaste. Il faudra en effet remonter aux deux premiers Mad Max pour ressentir une sensation de vitesse aussi vertigineuse, l'ahurissant combat final entre le manchot (fantastique Chiu Man-chuk) et Fei Lung (phénoménal Hung Yan-yan) en étant le point culminant. Le cinéma de Tsui Hark, on le verra de façon encore plus criante dans Seven Swords, est hanté par les aventures du guerrier de la route, certainement l'influence majeure de The Blade. Le monde de Max et celui de Ding On sont les mêmes. Les films de Miller et celui de Tsui sont frères.

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