Pat Garrett et Billy le Kid (versions 1988 et 2005)



La beauté élégiaque du film de Peckinpah tient au souffle crépusculaire donné à l'histoire et, plus encore, à la profonde mélancolie qui s'en dégage. Dans Pat Garrett et Billy le Kid, le grand Sam apporte à la mort étrangement paisible de ses personnages (ceux représentant l'ancien monde) une grande tendresse et une grande poésie. Le cinéaste filme donc la fin d'un monde, celui de Billy, celui de Pat avant qu'il ne devienne Garrett, celui du shérif Baker, celui de cet ancien complice de Billy devenu shérif adjoint qui triche à un duel. L'Ouest légendaire, celui de la conquête, est à l'agonie. Peckinpah aussi. Pat Garrett et Billy le Kid raconte finalement la dépression d'un homme qui aurait voulu traverser la vie comme Billy et qui pense l'avoir traversé comme Garrett. C'est tout le sens de la scène la plus emblématique du film montrant Garrett tirer sur son propre reflet après avoir tué Billy. Garrett est une projection de Peckinpah, les "électeurs" et Chisum celle du grand public et des producteurs profanateurs.
La mélancolie de Pat Garrett et Billy le Kid doit aussi beaucoup à la composition nonchalante de son interprète, Kris Kristofferson, magnifique Billy, et à celle, évanescente, de Bob Dylan. La musique de Dylan, la voix de Kristofferson, habitent les images de Sam Peckinpah, leur confèrent une aura sublime, qui culmine lors de l'agonie du shérif Baker. Celui qui aurait voulu mourir dans son lit avec sa compagne meurt dans le lit d'un fleuve presque asséché, une balle dans le ventre, accompagné par les larmes et le sourire triste de sa tendre, et dans le montage de 2005, par les paroles de la fabuleuse chanson de Dylan : Knockin' on heaven's door. L'une des plus belles scènes du cinéma de Peckinpah, l'une des plus belles qui soit, est aussi l'une des plus pudiques. Preuve que le cinéma du grand Sam, souvent accusé de violence outrancière, du moins exacerbée, est en vérité l'un des plus sensibles.
Enfin, chose habituelle chez ce réalisateur à la réputation pourtant misogyne, les personnages féminins ont le beau rôle, celui de donner à la mort du compagnon le charme mélancolique recherché par le cinéaste, celui de donner un dernier instant d'amour et de vie, celui aussi de dénoncer sa corruption et la trahison de son ancienne existence fondée sur la liberté et l'amitié.
Le film se clôt sur un enfant mexicain jetant des pierres sur Garrett qui s'éloigne à l'aube d'un nouveau jour, d'un nouveau monde.
Le plus beau film de Sam Peckinpah est son plus personnel.

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