Le survivant



Tiré du roman de Richard Matheson "Je suis une légende", le film avec Charlton Heston est marqué par son époque. 1971. Le Vietnam, la musique, Woodstock.
Dans un Los Angeles désert, saisissant de désolation et jonché de cadavres en décomposition, les albinos technophobes ont remplacé les vampires new age. Mais ces survivants de l'apocalypse vivent encore dans la pénombre et sortent toujours la nuit. "Rendez-nous la nuit", c'est le message de ces abbés d'un autre temps. Quant au survivant du titre, il n'est plus le dernier de sa race, ni la légende du livre. Cet homme est le dernier des savants, un renégat du passé, un adorateur de la machine, l'ange exterminateur, honni par Mathias, le chef de la "famille", le gourou d'une nouvelle religion prônant la fin de l'ère technologique, le leader de la nouvelle inquisition. Le film de Boris Sagal n'est pas seulement marqué par son époque. L'obscurantisme religieux et la menace bactériologique sont plus que jamais d'actualité. Le survivant en question, "The Omega Man", porte en lui l'antidote. Son sang, du pur écossais, garanti d'origine, seul porteur d'un vaccin expérimental inocculé in extremis avant le cataclysme ayant décimé la quasi-totalité de la population, va servir à purifier celui, déjà contaminé mais non déclaré, non "tertiaire", d'une petite communauté d'enfants exilée aux abords de la Ville. Le vrai futur de l'humanité. L'alternative à la "famille", l'alternative aussi à ce qui fut. A la recherche d'un nouveau jardin d'Eden, débarrassé du serpent.
Au début, le survivant n'est plus que l'ombre du savant qu'il fut, filant dans la ville, fuyant la nuit, imaginant des sonneries de téléphone, canardant des ombres, découvrant au gré de la mission qu'il s'est fixé (éradiquer la "famille") un couple décomposé enlacé dans son lit (l'image la plus éloquente du film). Une musique, douce et mélancolique, l'accompagne tout au long de sa solitude. Est-ce vraiment là une manière de traverser la vie ? Viendra alors la femme, une jolie donzelle de souche africaine. Heston l'embrasse, Neville lui fait l'amour. Pas seulement parce qu'elle est la dernière femme et qu'il est le dernier homme sur Terre.

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