Cinq femmes autour d'Utamaro



Il est frappant de constater à quel point Mizoguchi, grand peintre de la femme et de sa condition, s'est projeté dans le personnage d'Utamaro, peintre d'estampes dédié(es) aux femmes. Il est intéressant de comprendre (pour saisir le sens et la suite de son oeuvre) que Cinq femmes autour d'Utamaro, réalisé dans l'immédiat après-guerre, marque et pose les fondements d'une renaissance cinématographique. Une renaissance placée sous le sceau de la création artistique, en toute liberté, débarrassée des diktats du régime militaire qui l'obligeait à des films de propagande ou à se taire sur ses sujets de prédilection, débarrassée aussi de la tentation du modèle américain. Okita, la muse d'Utamaro au début du film, représenterait donc le Japon et quand Utamaro se fache avec Okita, le peintre commence à mal exercer son art. Utamaro/Mizoguchi n'a visiblement plus le goût de peindre Okita/le Japon. Mizoguchi n'est plus sur la même longueur d'ondes que le Japon guerrier. De bons samaritains lui proposeront alors des modèles à profusion, qui plus est dénudées (elles sont d'ailleurs montrées comme des sirènes), modèles représentant bien sûr la tentation de fabriquer des films américanisés ou plaisant à la censure de l'occupant. Mizoguchi ira plus loin : pour avoir peint des estampes ayant déplu au shogun, Utamaro sera incarcéré et, pour lui interdire de peindre, sera condamné à avoir les mains liées.
Quand, à la fin, Utamaro s'exclame qu'il meurt d'envie de dessiner, après qu'Okita ait, dans un geste forcément symbolique, tué son amant (la personne qui l'avait distrait d'Utamaro), puis, après avoir été libéré de ses liens, déclare, excité et investi de l'esprit d'Okita, qu'il peindrait désormais la beauté des femmes, c'est bien-sûr la voix de Mizoguchi qui lance un cri : "je veux faire des films" et "je vais faire des films sur les femmes". Mais pas dans n'importe quelle condition. C'est tout le sens de Cinq femmes autour d'Utamaro qui, non content d'être un film sur l'art, est aussi un film artistique dégageant un discret parfum d'érotisme. A l'image d'Utamaro dessinant dans le dos d'une courtisane une femme et un enfant pour le compte d'un tatoueur desespéré (en mal d'inspiration), le corps de la jeune femme étant trop parfait pour qu'il puisse, avec un tatouage, l'embellir davantage.

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