Dexter


Décidément, la télévision comble les déficits du cinéma. Aller au fond des choses, au risque de pousser le bouchon très loin, c'est le mérite de toutes ces grandes séries ayant émergé sur les écrans ces dernières années : Les Soprano, Rome, Battlestar Galactica. Les séries en disent désormais plus long sur l'âme humaine que les longs métrages. Le petit écran est dorénavant plus profond que le grand. Et maintenant voici Dexter, qui, en parlant du phénomène médiatique des serials killers (mais phénomène violent aussi vieux que l'homme a appris le maniement du gourdin), rejette la notion d'héritage pour adopter celle de la naissance psychologique. A travers un événement détonateur. Celui de Dexter sera révélé à la fin de la première saison, lors d'un flashback bouleversant. Baignée de sang et de lumière, effroyable et débordant d'amour, la séquence s'affirme comme l'une des plus fortes jamais vues sur un écran. Petit ou grand.
Si Dexter et le tueur de glace (son frère d'arme et de sang) empruntent le même parcours de tueurs en série avec des cibles différentes, c'est que le second a été abandonné à ses dérèglements et que le premier a eu la chance d'être cadré. Cadré par un père adoptif, un flic, qui lui a appris à maîtriser ses pulsions, à les diriger vers les ordures. Une éthique artificielle, rien de moins qu'un drain, pour le maintenir en société.
En s'attelant grâce à la voix off à nous faire entrer dans le cerveau malade de son personnage, tueur mais aussi expert au service de la police de Miami, Dexter va donc très loin dans l'exploration. Expérience virtuelle des plus déroutantes et des plus dérangeantes, la série va bien plus loin que l'observation clinique d'un Henry portrait of a serial killer ou que l'esthétique de l'horreur d'un Seven.
Le générique de la série annonce le programme, invite d'emblée à la routine de Dexter. Ses envies de découper, de trancher, de saigner, d'étouffer, sont d'entrée révélées au spectateur. Sa faim de tuer, Dexter l'assouvit donc en tuant ses congénères. Jusqu'à ce que l'un d'entre eux, le plus insaisissable, le plus effrayant, communique avec lui, à sa manière. En laissant dans son appartement des petites poupées amputées, en parsemant Miami (la vraie, la latino, la chaude) de morceaux de prostituées exsangues, en laissant en vie, mais salement amputé, une autre de ses victimes. Pour qu'il finisse le travail ! Loin de jouer à un jeu, le tueur de glace entend raviver la mémoire de Dexter. Pour le faire revenir vers lui, en l'obligeant à nier le cadre imposé par sa famille adoptive : pour le libérer.
La série, qui égrène une violence clinique particulièrement malsaine (genre oblige), réserve aussi son lot d'émotions. Le final qui voit Dexter commettre un sacrifice, mais pas celui escompté. Un petit chicano témoin d'un double homicide, qui dresse pour la police le portrait du tueur, son sauveur : les yeux de Dexter, le visage de Jesus !

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