Désir

Réalisé par le prince du mélo Frank Borzage, supervisé par le roi de la comédie sophistiquée Ernst Lubitsch, Désir réunit deux grandes étoiles du cinéma, Marlène Dietrich et Gary Cooper, pour illuminer une histoire à la fois romantique et comique. A bord d’un bolide, après avoir à Paris fait main basse sur un collier de perles très précieuses (”des larmes de sirènes”), la belle et perfide Madeleine (Marlène, l’européenne) fonce vers l’Espagne et fait la connaissance (entendez l’éclabousser de boue à son passage, entendez lui faire mordre la poussière) de l’élégant et faussement naïf Tom Bradley (Gary Cooper, l’américain). Avant de lui confier le collier (entendez à son insu) pour passer la frontière en toute tranquillité puis de le soulager de sa Bronson 8 (en la lui dérobant, en la réduisant à l’état d’épave).
En quête de rédemption, après avoir feint puis trouvé l’amour auprès de Tom, Madeleine devra renoncer à sa vie de faux semblants pour convoler avec son “petit” ingénieur.
Résumé ainsi, il est aisé de percevoir les bénéfices de l’association entre les deux cinéastes, Borzage représentant la sensibilité mélodramatique américaine et Lubitsch la finesse et la mesure européenne, effaçant du coup les exagérations de la première et la préciosité calculée de la seconde. En conjuguant leurs styles et artifices (dialogues savoureux et ressort comique irrésistible, volupté des images et limpidité du montage), en mariant la fragilité de Dietrich et la candeur de Cooper, en mettant finalement en scène (pour le meilleur) une histoire confrontant l’Europe à l’Amérique, Borzage et Lubitsch ne devaient sans doute pas s’attendre à livrer leur meilleur film.
A l’image du climax du film, entraînant et langoureux, exquis et touchant, sucré et salé, un dîner confrontant Tom et Madeleine à “Oncle Carlos” et la vieille fille, la Lubitsch’s touch est au service de l’histoire d’amour racontée par Borzage.

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