La vénus blonde


Tout le cinéma de Sternberg (à de rares, mais notables, exceptions près) tend à rendre hommage au charme incandescent de son actrice fétiche, la divine Marlène Dietrich. C'est oublier que Sternberg, comme Dietrich, avait une voix et surtout quelque chose à dire. Dans le cas de la "boche" (surnom donné par Gabin à la diva), si le corps dégageait un parfum unique provoquant trouble et désir, la voix était extraordinaire, sonnant toujours juste, dans ses dialogues comme dans ses chansons, en allemand comme en anglais, ou en français. Alliée à un visage (des yeux, un nez, une bouche) incroyablement expressif, la voix était profonde et sensuelle, tantôt chaleureuse et émouvante (Blonde Venus) tantôt séduisante et diabolique (The Devil is a woman).
Dans le cas de Sternberg, rendre hommage n'a jamais voulu dire s'effacer ni effacer son propos. A l'ombre de Marlène, Josef von Sternberg ne l'était qu'en surface, car le réalisateur allemand en exil (encore un) était le plus grand des esthètes, imposait à tous la magnificence de ses images et de sa mise en scène, tout en insufflant à ses histoires un ton tantôt poignant (La vénus blonde donc), tantôt cynique et cruel (La femme et le pantin), tantôt panthéiste (Fièvre sur Anatahan). Et Sternberg avait trouvé en Marlène non seulement sa muse, mais surtout l'immense actrice qui pouvait, à merveille et à la perfection, retranscrire la plupart de ses propos.
Si l'ouverture de L'impératrice rouge imposait sa fulgurance en exhibant des scènes de torture à grande échelle, La vénus blonde s'ouvre sur une séquence quasi-féerique, montrant des naïades nues (Marlène en tête) nager et s'ébattre, telle des sirènes, dans une rivière, un eden bientôt dérangé par un homme (le futur époux de Marlène). Cette rencontre placée sous le sceau de la magie fait place, dans un raccourci saisissant, à un enfant (celui du couple) s'ébattant dans une baignoire. Le film raconte l'histoire de cette femme déchirée entre son mari, son amant (Cary Grant) et sa carrière de meneuse de revue (son interprétation d'un gorille fait sensation) qui, après que le père ait réclamé la garde de son fils, décide de fuir avec lui, imposant à ce dernier et à elle-même une vie de cavale de plus en plus miséreuse. Somptueux mélodrame, La vénus blonde est assurément le plus touchant Sternberg. Sans utiliser les ficelles larmoyantes du genre.

Aucun commentaire: