Soleil vert



L'homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient en très peu de temps. L'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables : Jean-Jacques Rousseau.

La surpopulation et la pollution, parmi les pires cauchemars de l'humanité, sont les sujets du film de Fleisher. Dans le monde cauchemardesque de Soleil vert, les terres et les océans n'ont plus rien à offrir. Les villes, d'immenses mégalopoles, entassent leurs habitants comme des moutons. Au point de les faire manger, dormir et pourrir côte à côte.
Dans ce New York de 2022, un brouillard sale et perpetuel a enveloppé la vie zombiesque de ses habitants. Aucun espoir, aucune échappatoire à la Blade Runner.
Dans ce monde de demain où l'homme a régressé quand sa civilisation s'est effondrée, la seule échappée possible réside dans le suicide. Un suicide organisé et encouragé au cours duquel un écran géant rappelle à l'homme ce qu'il a perdu, l'échappée en question donnant naissance à l'une des séquences les plus mémorables du cinéma, la mort du vieux bibliothécaire, qui ne pouvait oublier le goût d'une pièce de boeuf ou d'une confiture de fraises.
Dans ce monde-là, le fossé entre les pauvres et les nantis est aussi béant que celui de Metropolis. Dans la ville haute de Soleil vert, les appartements, élegamment meublés, y sont confortables et silencieux. Leurs résidents ont l'eau et l'électricité courante, denrées devenues rares, y pratiquent l'amour pluriel avec des jeunes femmes qui ne disent jamais non.
Après avoir épuisé la faune et la flore de la planète, l'homme qui s'est parallèlement multiplié, encouragé par ses religions, ne se nourrit plus que de galettes, diffusées avec parcimonie, leur fabrication étant tributaire d'un approvisionnement aléatoire.
Dans ce New York forcément policier, où l'on écrase les manifestations au figuré mais surtout au propre, le héros est contradictoirement l'un de ses flics (corrompu comme tous les autres), qui, lors d'une enquête sur le meurtre d'un notable se lie sexuellement puis sentimentalement avec le meuble dudit notable, avant d'apprendre l'horrible secret sur le dernier "soleil" à la mode (le fameux soleil vert) : l'homme en est réduit à consommer son semblable.
Soleil vert nous parle de la fin de l'humanité.

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