Un amour éternel



C'est à un numéro de claquettes japonaises et de flamenco gipsy que nous convie cette fois Kinoshita Keisuke. Un numéro ponctué par une voix off impartiale et haute en couleurs, qui apporte une touche théatrale à l'histoire. Une voix off qui marque les chapitres de la triste existence des personnages, celle surtout de Sadako qui n'épousa pas l'homme qu'elle aimait, mais dut épouser l'homme, le fils d'un riche propriétaire (celui des terres de son père), qui, une nuit, l'avait violé et mis enceinte.
Partagé entre l'amour (celui du titre) pour Takashi et la haine toute aussi éternelle (du moins le voudrait-elle) pour son mari (qu'elle reporte inconsciemment sur son fils non désiré), Sadako (Hideko Takamine), tout en fondant une famille avec cet homme imposé, n'a donc jamais connu le bonheur et ne l'a jamais donné à son époux Heibei (interprété par Tatsuya Nakadai, aussi à l'aise dans ce registre que dans ses rôles habituels de yakuzas et de samouraïs).
Au gré des humeurs du volcan d'à côté, les personnages ne vivent pas la vie qu'ils ont désiré, comme souvent dans le cinéma de Kinoshita, habitué à dresser un portrait peu reluisant de la société japonaise formatée à aliéner les relations entre les êtres et à nier leurs sentiments, dans le souci de conserver les privilèges des uns et entretenir l'exploitation des autres. A finalement réunir la fille de Sadako et le fils de Takashi, le réalisateur donne le dernier mot à Sadako et Takashi, et lance à la face des conservateurs de son pays un joli pied de nez.

Aucun commentaire: