28 jours plus tard



Quel est l'intérêt de filmer l'apocalypse ? Comment filmer l'apocalypse ? Comment remplir le cadre ? Comment la rendre suffisamment spectaculaire pour intéresser le spectateur ? Le confronter à ses peurs, l'émouvoir, mais surtout lui renvoyer sa nature en pleine face ? La rendre palpitante aussi ? Comment la rendre intime et universelle à la fois ? Comment ne sacrifier ni l'un ni l'autre ?
En s'y collant, après d'illustres prédecesseurs, Danny Boyle répond brillamment à toutes ces interrogations. Et à une autre : doit-on la rendre crédible ou métaphorique ? Pour ancrer son film dans une réalité possible (très possible par les temps qui courent), donc plus effrayante, tout en créant le suspense nécessaire au spectacle, Boyle, ayant décidé de ne pas recourir aux zombies de Romero (comme chacun sait, les morts ne reviennent pas à la vie ; c'est scientifiquement, physiquement, raisonnablement, impossible), invente un virus donnant et propageant (avec une facilité terrifiante, à une vitesse fulgurante) une rage hystérique à tous ceux ayant un contact sanguin trop rapproché avec une personne contaminée. 28 jours après la libération de chimpanzés victimes d'odieuses expérimentations et porteurs du virus en question, Jim, un coursier, sort d'un coma et se réveille dans la chambre d'un hôpital désert et dévasté. Il découvre très vite qu'il en est de même pour Londres, jusqu'à ce qu'il se retrouve, dans une église, en proie à des fous furieux aux yeux injectés de sang.
Le maquillage et le parfum apocalyptique de la capitale britannique sont saisissants. D'abord valorisés par de vastes et très belles scènes d'exposition, ils culminent (en même temps que le score) à l'instant où le héros découvre un mur affichant de multiples photos de disparus, mettant ainsi un nom aux victimes, vestiges de vies passées, témoignages d'amour poignants, marques d'espoirs vains, souvenirs d'humanité. Le spectacle fait place à l'intime. Un bon film d'apocalypse ne se mesure pas seulement aux détails et à l'étendue de la désolation d'une ville, mais aussi à ce qui peut permettre de ne pas oublier ceux qui l'ont habité, ceux qui l'ont fait vivre. De nous rappeler que leur vie, loin d'être un détail, était précieuse.
28 jours plus tard alterne moments de tension extrême et d'action électrisante. Enivrante aussi quand Jim, sous la pluie, dans un décor rappelant le Bradbury Building, tel un Nexus, torse nu et visage ensanglanté, joue à cache cache avec les militaires pour les éliminer avec la complicité d'un enragé. Le film réserve également de très beaux moments. Et le plus touchant est celui où Jim, après avoir découvert ses parents dans leur lit, enlacés, suicidés, morts paisiblement, retire de la main de sa mère une photo de lui enfant, pour lire au verso ces mots emplis d'amour : "Jim, avec notre amour infini, nous te laissons dormir. Maintenant, nous allons dormir avec toi. Ne te réveille pas".
Dans cette apocalypse, si les parents et les enfants n'ont pas le temps de se dire adieu, cet adieu-là, infiniment bouleversant, n'a pas de prix.

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