Eté précoce

Déchiffrer le sourire de Noriko n'est point chose aisée. A quel moment y décèle t-on de la tristesse ? A quel autre de la joie ? Du bonheur ? Le désir de rester jeune fille ? Sa soif de liberté, d'indépendance ? L'envie, en se mariant, de quitter le nid ?
Tout, dans Eté précoce, nous ramène aux sourires de Noriko et de son interprète, Setsuko Hara. Au charme qu'ils dégagent, pour alimenter celui du film, pour illustrer le propos d'Ozu. Ici, comme souvent chez le cinéaste, il est question de la dislocation, douloureuse mais naturelle et non violente, de la famille.
Pénétrer le sourire de Noriko revient à traduire Ozu et son langage. Le cinéma d'Ozu, emprunt de gentillesse et de séduction, non dénué de force, aucunement austère, s'épanouit dans des non-dits qui en disent long, dans les sourires donc, dans les silences (ceux du père), dans les regards (ceux, détachés, de "Vieux schnock"), dans les postures, dans les vêtements portés par les personnages (les mariées portent des kimonos, les jeunes filles s'habillent à la mode occidentale, la vie rangée et traditionnelle des premières s'opposant à la vie insouciante et moderne des secondes) mais aussi dans les gestes les plus anodins (celui de découper un gâteau à 900 yens), réglés au millimètre, pour suggérer tel sentiment, pour installer telle atmosphère. Participent également au charme du style Ozu et d'Eté précoce en particulier, les dialogues, toujours exquis, à l'instar des joutes savoureuses auxquelles se livrent les deux jeunes filles et les deux mariées dissertant sur les joies et inconvénients du mariage et du célibat.

3 commentaires:

Nuno Pires a dit…

La scène que tu évoques (So desu neeeee) est absolument géniale! Délicieusement drôle. "Bakushu" est mon Ozu préféré...

Rom a dit…

moi aussi c'est devenu mon Ozu préféré. So desu neeeee : çà veut dire "hein" ?

Nuno Pires a dit…

Plus exactement: "Oui n'est-ce paaaas?"