Land of the dead



L'ouverture de Land of the dead relève de la poésie. Dans un jardin anglais joliment apocalyptique, des zombies déambulent, d'autres, en concert, s'essaient à la musique de chambre, les premiers semblant apprécier les tentatives artistiques des seconds.
Avec son quatrième opus consacré aux morts-vivants, Romero n'a cependant pas perdu sa verve gore et contestataire. Assurément, le héros principal du film, à défaut d'être le personnage principal, n'est ni Riley ni Slack (Asia Argento, qui, au passage, aurait mérité un rôle plus étoffé) mais sans conteste ce pompiste révolutionnaire, le bien surnommé Big Daddy, prolongement de Bub, le sujet d'expérience du Dr Frankenstein dans Day of the dead. Big Daddy, parce qu'il est le leader de ces êtres revenus à la vie tout en ayant perdu l'essentiel, la conscience d'être en vie, celui qui va les aider à (ré)acquérir cette conscience.
Les zombies de Land of the dead sont en quête de leur âme perdue, leur attirance pour les "fleurs célestes" (les fusées éclairantes destinées à faire diversion) en est la plus belle manifestation. Big Daddy, lui, ne les voit déjà plus, tout occupé à défendre son territoire et à protéger les siens. Big Daddy n'est plus distrait par les chimères. Big Daddy entend faire évoluer son espèce, au besoin en mettant un M16 dans les mains d'une de ses congénères pour abattre un soldat. Les zombies ne s'attardent déjà plus sur leurs victimes et leur consommation, leur motivation est désormais toute autre.
Dans Land of the dead, les vivants, eux, ne sont plus que l'ombre d'eux mêmes. Romero le souligne dans de très beaux, et souvent très horrifiques, jeux d'ombres, la photo expressionniste du film renforçant le propos du réalisateur. Car les vivants ne sont plus que des survivants, reclus dans une cité fortifiée (pas si fortifiée que çà au final : on avait oublié que les zombies étaient waterproof), une ville haute et une ville basse (plus que l'hommage de Romero à Metropolis, la vision du réalisateur de la société américaine), où le spectacle favori des hommes se déroule à nouveau dans une arène, les morts-vivants ayant remplacé les lions, les putes insoumises les chrétiens.
A l'image de Big Daddy que l'on voit s'éloigner à la fin du film, épargné par Riley, les films de Romero, depuis Dawn of the dead, se terminent par une belle échappée, et celle de Land of the dead (celle d'un zombie donc) est assurément la plus émouvante.

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