Le regard d'Ivan



Evidemment, une affiche de cinéma n'a d'autre but que de promouvoir, d'exciter, c'est sa destinée première, ce qui ne l'empeche pas d'avoir parfois une visée artistique. Autrement dit, pour les créateurs et les commanditaires de ces affiches, bien souvent, peu importe le sens du film.
L'affiche taïwanaise de L'enfance d'Ivan, d'une puissance évocatrice sidérante, n'est pas là pour attiser uniquement le désir cinéphile, s'abaisser seulement à la promotion du film. L'affiche, sublime, décline le visage d'Ivan en sur-impression d'un océan. Mais surtout elle met l'accent sur le regard d'Ivan, celui qu'il affichait à la Gestapo au moment où elle le prenait en photo avant de l'inclure dans ses monstrueuses archives, avant de le destiner à la décapitation. Un regard menacé de crevaison. De ce regard-là (phénoménal Nikolaï Bourliaev), l'enfance a disparu, mais pas la résistance, elle n'a jamais été aussi déterminée, et surtout Ivan ne montre aucune peur à l'échafaud. Ivan l'affiche à ses bourreaux. Ivan les nargue. Ivan leur fait savoir qu'ils sont insignifiants. Ivan leur dit qu'ils sont de la merde. En associant le visage d'Ivan à un océan, si cher à Tarkovski, Ivan se confond à lui. Et c'était le sens donné à Tarkovski au final de son film. Ivan, à la fin de celui-ci, retourne à sa mer(e) nourricière.

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