L'impératrice rouge



Le pouvoir érotique de L'impératrice rouge n'échappera à personne. Génie de l'illusionnisme, Sternberg maniait avec une maestria inégalée les jeux d'ombres et de lumières. Des ombres et des lumières, il en est beaucoup question dans ce film éminemment vénéneux qui, par sa beauté baroque et sa splendeur visuelle de tous les instants, comble le regard et, par son érotisme débridé, exacerbe les sens.
Grand magicien tout au long du film, Sternberg est aussi grand sorcier quand, au début, il met en scène sévices en tous genres, y compris les plus concupiscents, dénudant à l'envie les poitrines luisantes de belles jeunes filles promises aux flammes du bûcher, ou à la morsure du fouet. La caméra de Sternberg, voyeuriste et incantatoire, semble prendre un malin plaisir à ce spectacle à l'orientation clairement sexuelle. Dire que le cinéaste décline, dans ces images de débauche, une envie de sado-masochisme, il n'y a qu'un pas que nous pouvons franchir aisément à la vue de ces séquences à peine voilées, directement inspirées des visions du Marquis de Sade. Dire que le cinéaste, en filmant de près un tortionnaire prenant du plaisir à fouetter sa victime, se projette dans ce personnage, est sans doute hasardeux, mais très tentant à oser avancer.
Bien-sûr, toutes ces séquences servent accessoirement à rappeller au spectateur la folie régnante dans la Russie d'avant l'avènement de Catherine II.
Comme toujours chez Sternberg, la transition est sensationnelle : un malheureux pendu par les pieds et projetté contre une immense cloche fait place à la jeune Sophie faisant de la balançoire dans un cadre enchanteur, un jardin luxuriant tout de blanc vêtu. La couleur fétiche du film.
Pénétrée de rêves innocents lorsqu'après avoir quitté sa Prusse natale, elle débarque dans cette Russie en proie à un abruti congénital, la jeune Catherine, dans des décors fantasmagoriques, va très vite vouloir concrétiser ses envies de jeune fille ailleurs que dans le lit conjugal, pour être ensuite très vite pénétrée de l'envie de se débarasser de son idiot de mari. Après avoir grâcement distribué ses faveurs pour s'attirer celles de l'armée, Catherine II, dans la séquence orgasmique du film, mènera enfin, tambour et coeur battant, une folle cavalcade au milieu de sa troupe de cosaques (totalement dévoués) avant de pénétrer le Palais de son mari (déjà mort), pour être ensuite littéralement portée par deux membres de sa garde très rapprochée et être sacrée impératrice de toutes les Russies.

Aucun commentaire: