Lost in Translation



Il la serre dans ses bras ; dans le creux de l'oreille, il lui dit qu'il va la rappeler, qu'ils vont se revoir. Il l'embrasse. Elle lui sourit et pleure aussi.
Le désir du spectateur est ainsi satisfait. Sofia Coppola, avec cette volonté de l'encourager, alimentait cette envie avec un soin bien à elle, sans en rajouter, avec toute la pudeur qui est la sienne. La réalisatrice, d'une sensibilité à fleur de peau, à l'image de son héroïne Charlotte (Scarlett Johansson poignante de fragilité), n'avait cessé de souffler sur ce désir, de l'attiser discrètement. De voir ses personnages échoués au Japon (le plus dépaysant des pays)abandonner la virgule pour mettre un point à leur histoire. Point à la ligne, ou point final à une rencontre. La rencontre entre une solitude et une dépression dans un Tokyo nocturne joliment filmé et photographié. Chacun y verra midi à sa porte. L'important était de finir la phrase. Dans le cas de Lost in Translation, il ne serait pas excessif de parler de vers tant le cinéma et le désir de cinéma de Sofia Coppola tendent à une volonté d'harmonie (formellement avouée lorsque Charlotte est invitée à placer une branche dans une composition florale), celle qui conduit justement à composer un joli bouquet, sans surcharge, avec sobriété, tout en disant beaucoup, tout en affichant une profondeur sincère. A l'embellir sans outrance, sans (mélo)dramatiser. A lui adjoindre un humour fin et irrésistible. A distiller l'émotion, avec justesse et retenue. A provoquer une jolie empathie pour Bob et Charlotte.

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