Miami Vice







Personne ne te suivra. Moi non plus.
(Tu te souviens, quand je te disais, que chaque minute compte ?)
Oui. Le sablier est vide. C'était trop beau pour durer.

La nuit s'achève sur Miami. Le fracas des armes et le fracas des âmes se sont tus. Le fracas des corps aussi. Juste avant que la nuit ne s'oublie, encore à contre-courant du monde, par-delà le monde, loin du monde, Sonny et Isabella échangent une dernière caresse, un dernier baiser, un dernier regard. Face à l'océan houleux, Sonny le flic dit adieu à Isabella le vice, et réintègre le courant, en retournant vers les siens. Vers Ricardo. Sonny et Max réintègrent le monde aux premières lueurs du jour. Miami Vice et Collateral s'achèvent à l'aube.
La nuit, orageuse et douloureuse, électrique et fièvreuse, fut traversée par deux ondes contraires, Sonny et Isabella. Contraires au mouvement du monde. Durant une brève échappée. Sur les terres cubaines où les jours et les nuits, à l'image des corps, fébriles et fragiles, denses et intenses, se déroulent hors du temps. Où la vie ne se reflète pas sur un écran espion mais sur le visage ensoleillé d'Isabella. Où la vie ne se projette pas sur des écrans géants high tech, mais dans les yeux et le sourire amoureux de la chica. Où la vie ne se mesure pas en kilomètres seconde, mais dans l'air du temps. Où elle ne se calcule pas dans l'urgence du moment, dans une boîte de nuit, dans une limousine, mais s'épanouit dans un lit serein ou sous une douche irradiée. Où l'âme ne se révèle pas sur une bande vide d'autoroute, où seule la mort y a un sens, mais dans des ruelles encore foulées, encore animées par des rires d'enfants. Où elle ne se dévoile pas dans d'immaculées villas, vides de passé, vides d'avenir, mais dans de blanches casas ou de jaunes cafés, chargés de souvenirs, chargés de vie. Où la musique, joyeuse et sensuelle, à ciel ouvert, épouse la volonté d'ivresse des corps et des esprits, au lieu de vouloir les exciter dans la frénétique sonorité. Où le fracas des coeurs n'est pas dicté par les saillies automatiques et la blanche explosion, où les coeurs battent et s'emballent en concert et dans l'harmonie. Plus que jamais vivants. C'était trop beau pour durer.

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