Million Dollar Baby


Mo Cruishle

Ces mots de gaelique sont la signature de Million Dollar Baby. Ils vous marquent à jamais. Ils vous font chialer. Ils vous disent que vous n'aviez jamais entendu çà, comme çà. Mon sang, mon amour. Leur traduction, murmurée à Maggie au bout de son parcours, au bout de son récit de survie, au terme de sa sur-vie, vient conclure le plus beau film de Clint Eastwood, l'un des plus beaux qui soient. Bouleversante reconnaissance de paternité et magnifique déclaration d'amour, ces mots, puissants et sublimes, étaient jusque-là scandés par milliers, pour supporter et encourager Maggie lors de ces combats. Sans en comprendre le sens, Maggie aimait les entendre. Ils l'avaient porté au sommet. Pourtant, Maggie ne manquait pas de courage ni de générosité. Chaque jour, tard la nuit, juste avant l'aube, elle s'entraînait dur. Chaque jour, elle mangeait les restes des autres. Frankie n'entraînait pas les filles, Maggie ne voulait que Frankie. Frankie avait fini par céder. Frankie, depuis longtemps, depuis Scrap, n'envoyait pas ses poulains au casse pipes. Encore moins une pouliche. Mais Frankie, qui croyait tellement en Maggie, en oublia ses démons et l'envoya sur le ring affronter la championne du monde, une usurpatrice, une vicieuse, une salope. Maggie, elle, lui mit sa raclée, comme à toutes les autres. Sauf que ce soir-là, elle lui tourna le dos, et donc baissa sa garde, trop tôt.
Davantage qu'un film et une leçon de cinéma, Million Dollar Baby est une leçon de vie. Une leçon qui vous met KO à l'âme. Car, comme Maggie, Eastwood décoche au spectateur un crochet du gauche dans le bide, un direct du droit en pleine face, sans frioriture, pour le mettre au tapis. Il ne s'en relèvera pas intact, ni identique.

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