Boulevard de la mort



Bien fait pour sa gueule, c'est ce qui vient à l'esprit lorsque trois filles, à la fin du film, donnent une sévère leçon à Mike le cascadeur déjanté.
Femmes au volant, danger et mort au tournant : les filles aussi aiment les grosses cylindrées, furieuses et explosives, les filles aussi aiment jouer sur les capots moteur autrement que pour y être culbutées, les filles aussi peuvent se servir d'un bolide comme d'une arme. Un bolide pour les venger toutes.
"Laisse tomber les filles, laisse tomber les filles, un jour c'est toi qu'on laissera, laisse tomber les filles, laisse tomber les filles, çà te jouera un mauvais tour, laisse tomber les filles, laisse tomber les filles, tu le paieras un de ces jours, laisse tomber les filles, laisse tomber les filles, un jour c'est toi qui perdra, on ne joue pas impunément avec un coeur innocent, avec un coeur innocent, tu verras ce que je ressens avant qu'il ne soit longtemps, avant qu'il ne soit longtemps", tout est joliment dit dans les paroles de l'entraînante chanson Chick Habit d'April March. Et si Tarantino, contrairement à tout ce qui a été dit sur lui, sur son cinéma soi-disant uniquement dicté par une relation charnelle avec les images (les pénétrer par désir, sans vouloir aller au fond des choses, le corpus sans le spiritus), avait bel et bien quelque chose à dire, ne parlait pas que de lui ? Et si Tarantino, en racontant des histoires de vengeance de femmes, en les enrobant de la texture des films d'exploitation qu'il adore, en les habillant de son fétichisme, de ses fantasmes de garçon (les belles caisses, les courses poursuites, les tôles fracassées, les guiboles et les pieds des jolies donzelles, les Pom Pom Girls), était un féministe jusqu'au boutiste ?
Boulevard de la mort, comme Pulp Fiction et Kill Bill, raconte encore une histoire de gueules et de pieds. Des gueules et des pieds féminins que Tarantino sublime, érotise, mutile, martyrise. Pour mieux les aimer.

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