Bombay


"Ne nous ramène pas une fille du Gujarat ou du Penjab !" : Shekar choisira donc une fille de son pays et de son village.
"Ils vont te trancher la main !" "J'en ai deux, çà ira" : Shekar n'est pas à une main près, il n'y a pas de lumière sans flamme, il n'y a pas de corps sans âme, et sa flamme à lui, son âme à lui, depuis qu'un coup de vent a dévoilé le mystère de son visage, s'appelle Shaïla Banu, la fille de Bachir le musulman, lui le fils de Narayanan l'hindou. Qu'importe le courroux des parents, qu'importe la discorde entre les deux familles, les deux tourtereaux vont s'exiler à Bombay, s'y marier et donner au monde deux jumeaux, deux espoirs : Kabir Narayanan et Kamal Bachir.
Si la première partie de Bombay est dédiée aux subterfuges amoureux de Shekar et Shaïla, la seconde partie est ancrée dans l'histoire de l'Inde. Une histoire récente, une histoire moderne, une histoire vieille comme les religions : 1992, des fondamentalistes hindous détruisent une mosquée datant de 400 ans, pour y célébrer le lieu de naissance présumé de Rama. Des émeutes inter-religieuses plongent Bombay dans le chaos. Dénonçant avec beaucoup de force et de courage le fanatisme religieux, le réalisateur Mani Ratnam va placer Shekar et Shaïla au coeur du volcan. Avec beaucoup d'à propos, il choisit ce moment pour réaccorder les deux familles. Les parents avec les enfants, lors de deux très belles scènes de retrouvailles. Les parents avec les parents, lors d'une scène pleine d'intensité montrant le père de Shekar et l'un des jumeaux sauvés d'extrémistes musulmans par le père de Shaïla.
Evidemment symbolique, la séparation de Kabir et Kamal lors des émeutes et leur difficulté à se retrouver donnent l'occasion au réalisateur tamoul de montrer l'étendue de ses talents pour faire surgir la lumière au coeur des ténèbres, la beauté au coeur de la laideur, l'amour au coeur de la haine. A l'image d'un regard et d'un sourire magnifique illuminant un visage portant les stigmates des incendies ayant ravagé la ville : le regard et le sourire de Kabir Narayanan retrouvant son frère Kamal Bachir.

2 commentaires:

A2line a dit…

La scène des retrouvailles entre les jumeaux est l'une de mes préférées. J'ai rarement vu des enfants jouer aussi bien. Une excellente direction d'acteurs, typique de Mani Ratnam, dont je ne peux que te conseiller les autres films !

Je suis loin d'avoir tout vu , mais c'est à mes yeux le meilleur réalisateur indien. Dil se bien sûr, mais aussi Iruvar, chronique critique mais touchante de la vie d'une légende du cinéma tamoul (et premier film d'Aishwariya Rai) sont mes préférés.

A2line

Rom a dit…

Cette scène est ma préférée du film et l'une de mes préférées tout court. Je trouve aussi que le cinéma de Mani Ratman est essentiel tant sur le fond que d'un point de vue formel. De lui, j'ai aussi vu Dil se, que j'aime beaucoup (même si je préfère Bombay), sauf la fin ! (même si cohérente et finalement, paradoxalement "très belle").