Phenomena


Phenomena, ce n'est un secret pour personne, du moins pour les fans du travail d'Argento, ne souscrit pas aux recherches formelles qui l'ont précédé. Exit la texture veloutée et les couleurs chaudes du maître-giallo Profondo Rosso ou des giallesques Suspiria et Inferno. Exit les surcharges du décor, sa représentation théatralisée et opératique de la peur. Exit la ville, place à la campagne ! Bienvenue à ses beautés champêtres et à ses horreurs enfouies.
Phenomena, pourtant, s'affirme comme l'un des plus personnels et l'un des plus sensoriels de son auteur. Pour cela, il doit être apprécié à sa juste valeur. De première importance dans son oeuvre. Argento y exhume ouvertement son goût pour la poésie tout en l'enrobant de ses obsessions morbides, galvanisé par un cadre naturel vagabond (la Suisse, ses forêts, ses vents, ses chutes d'eau) et par un habillage sonore stressant ou aérien ; à travers l'histoire de son héroïne somnambule, témoin des meurtres frappant ses camarades d'école, le cinéaste déniche l'occasion d'aller plus loin dans ses vélléités déambulatoires tout en n'abandonnant pas ses vélléités assassines et voyeuristes.
A nouveaux décors, nouvelles envolées. A nouvelles peurs, nouveaux souffre-douleur : un pensionnat de jeunes filles, le vivier idéal pour ses élucubrations sanglantes, sa fille Fiore qui fait les frais de ses obsessions dès les premières minutes (tandis qu'Asia en fera les frais dans sa filmographie ultérieure), sa future ex-compagne Daria Nicolodi (exit son personnage lunaire de Profondo Rosso), un flic et un expert en insectes, criminologue à ses heures perdues (Donald Pleasence s'il vous plait). Leur sort est bien-sûr identique : une mort affreuse (méritée pour sa future ex), jamais expédiée.
L'héroïne, enfin, tranche avec les donzelles habituelles d'Argento. Exit la très pulpeuse Eleonora Giorgi, exit le glamour de Catherine Spaak et d'Irene Miracle. Place à la virginale Jennifer (Jennifer Connelly à ses débuts) fraîchement débarquée des Etats-Unis, amie et commandeur des insectes, les complices traditionnels du maestro. Des insectes qui ont droit aux plus belles manifestations poétiques de son auteur : une luciole guidant l'héroïne en pleine crise noctambule, un nuage d'insectes se formant pour cacher une pleine lune (avant de fondre sur un assaillant monstrueux), le regard multi-dimensionnel d'une coccinelle.
Entre conte poétique et cauchemar horrifique, Phenomena est un voyage hypnotique au bout de la nuit.

2 commentaires:

Ishmael a dit…

Toujours du bien de lire du positif sur ce film, mon préféré de son auteur.

Rom a dit…

Moi aussi, avec Profondo Rosso.