Avalon



Y a t-il une limite au cinéma d'Oshii ? On peut se poser la question tant ce dernier repousse sans cesse les frontières. Abolir celles-ci, tel a toujours été le dessein du génie nippon. A l'instar de tous ses films, Avalon est une quête. Une aventure virtuelle pour se soustraire de l'ennui et de la solitude, comme remède à la banalité et à la médiocrité du quotidien. Un voyage au centre du cerveau humain : électrique, traversé de courants alternatifs. Un voyage excitant et contemplatif. Un voyage du langage. Un voyage en sépia, esthétique et fétichiste, poétisé par des rimes et des sonnets cinématographiques toujours aussi saisissants et vertigineux. Un voyage dans le Grand Nulle part, habité par les images de Bergman et de son Septième sceau. Un voyage obsédé par le regard de son héroïne, lui-même hanté par celui, immense et songeur, d'Anna Karina dans Alphaville. Un voyage et un regard en mélancolie. Une quête existentielle, habitée par Scott et son Blade Runner, par Tarkovski et son Stalker. Qui suis-je ? Pourquoi je suis ? Où vais-je ? Des questions fondamentales posées par des prédécesseurs et successeurs illustres, Batty le Nexus Six, Caprica Six, et bien-sûr l'emblématique héroïne d'Oshii, Motoko Kusanagi.
Au bout du voyage, le vertige s'avère donc toujours aussi métaphysique et renversant. Se libérer de la condition humaine, tout en révélant son humanité, tel est le Grand Dessein et le Grand Rêve selon l'otaku Oshii. A l'instar de ses précedents opus, Avalon est un grand film sur notre condition restrictive et la possibilité (ici illusoire puisque menant à la non-existence) d'y échapper. Dans le corps (en tant que véhicule et médium) et dans l'esprit. Nul doute que le graal pour Oshii et ses héroïnes est d'atteindre le Grand Paradoxe, celui d'acquérir une conscience humaine supérieure (l'Elévation) libéré du carcan physique et faillible. Un nirvana cybernétique en somme.

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