Oyuki la vierge



Dans la longue liste des héroïnes de Mizoguchi, Oyuki la chrétienne fait belle figure et n'a rien à envier à celles qui vont lui succéder.
Faire jaillir la beauté intérieure et le courage de ces femmes aux destins douloureux, faire éclater la violence et la veulerie des hommes, tel a toujours été le grand dessein du sensai japonais et telle est la grande force de son cinéma.
A la fois profonde et éminemment esthétique, la mise en scène de Mizoguchi est toute entière dédiée à dévoiler l'âme de ses personnages.
A commencer par celle d'Oyuki, une prostituée au coeur généreux et à l'âme pure (ce qui n'est pas incompatible chez Mizoguchi) qui, en pleine guerre civile, voue un amour sincère à un militaire de l'armée régulière. A sa façon épurée et précieuse d'éclairer le visage de son héroïne (littéralement sanctifié d'un halo lumineux), à lui faire arborer un sourire fataliste et lucide, à lui faire adopter des postures et des gestes qui en disent beaucoup sur sa résignation (son passe temps est d'arracher élégamment des pétales d'orchidées ou de marguerites), à la placer dans un décor évoquant sa triste condition (sous un cerisier qui perd ses fleurs), Mizoguchi parvient à traduire le personnage avec beaucoup d'éloquence, sans convoquer outre mesure son histoire. A la rendre émouvante sans en rajouter dans le mélo.
Autre personnage, autre mise en scène : le soldat dont Oyuki est tombée amoureuse. En le filmant fréquemment de dos, en le plongeant à maintes reprises dans l'ombre ou l'obscurité, en l'enveloppant d'un menaçant brouillard, en lui attribuant un gestuel saccadé (comme au temps du muet) et un visage trouble (une imposante mèche de cheveu lui dissimule la moitié de celui-ci, et c'est ce profil-là qui est filmé de préférence), Mizoguchi souligne formellement au spectateur que cet homme n'est pas digne de confiance. Oyuki la vierge n'est pas La chevauchée fantastique, John Ford et John Wayne auront une toute autre version de cette adaptation de Boule de suif de Guy de Maupassant.
Dans Maria no Oyuki, Mizoguchi, sans accorder une part trop importante au scénario, fait passer l'essentiel dans la mise en scène.

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