Les griffes de la nuit









Emblématique du cinéma de Murnau, la fulgurance expressionniste et muette de ce plan (une main maligne, des griffes bestiales qui enserrent un coeur pur) décline une volonté tyrannique de posséder. De posséder le coeur et l'âme de la jeune femme, après l'avoir "endormi". Au risque de serrer trop fort. Mais surtout ce plan mythique retrace la lutte éternelle entre la lumière et les ténèbres, thème de prédilection du cinéaste allemand. Traduite en langage cinématographique par l'invasion de l'ombre sur le personnage, cette lutte est dans le cas présent placée successivement sous le sceau de la peur, de la fascination, de l'oubli extatique et de l'abandon. Cinéaste visionnaire et passionnant dans la forme (le maître des ombres avait prouvé que le cinéma devait être aussi volage), Murnau l'était tout autant dans sa vision rousseauiste du monde et de l'homme (L'aurore en est la suprême illustration). Onze ans après la réalisation de Nosferatu, Hitler, avatar du monstrueux vampire, s'installait au pouvoir, après avoir suscité la peur et la fascination (toute aussi hypnotique), provoqué l'oubli et l'abandon du peuple allemand.
Davantage qu'un plan, un vertigineux pressentiment.

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