Django



De quel cimetière tu sors, toi ?

Du western pur jus américain moribond, serait-on tenté de répondre. Le héros anglo-saxon est vieillissant, vive le héros latin. A la question, Django répond en abattant illico celui qui la pose. Avant çà, Django fut écrit en lettres de sang dans un générique éloquent. Filmé de dos, le héros en question avait déjà perdu son cheval, et traînait un cercueil comme on porte une croix. Corbucci n'y va pas de main morte. La vie de son héros est déjà derrière lui. Ce héros-là est un mort-vivant. Un déterré de la guerre de sécession, anéanti par l'assassinat de sa femme. Un nom devenu mythique célébré par une chanson à jamais gravée dans les mémoires. Django, oh Django...
Tombstone, revue et corrigée par Sergio Corbucci, Franco Nero et Luis Bacalov, n'est plus le théatre de duels épurés et incolores (indolores ?) entre un shérif, Wyatt Earp, et des hors-la-loi. La ville-cimetière, déserté par ses habitants (sauf un patron de saloon et ses quelques putains), empétrée dans la boue la plus collante (figurant l'âme perverse et sadique de ceux qui se la disputent), est désormais le théatre d'un duel impur et fétide. Un duel qui fait mal entre un bandido mexicain, un ex-major de l'armée sudiste qui, avec ses affreux en cagoule rouge (singeant d'autres affreux, en blanc ceux-là), veut génocider tous les non-wasp, et un pistolero nordiste brûlé par le soleil (sorti d'outre-tombe avec son cercueil) qui, pour venir à bout de ses nombreux ennemis, triche à ses duels en (ab)usant d'une mitrailleuse, préfigurant ainsi les gunfights de Peckinpah et de sa horde sauvage.
Au nom du père, du fils et du saint esprit...
Ainsi soit-il : la fusillade qui s'ensuit dure deux secondes chrono, et fait six morts. Le western à l'italienne trouve là l'une de ses plus fameuses signatures : une ordure qui cite une prière, un héros qui la conclut à sa manière. Une ordure comme dans la vraie vie, un héros bigger than life, ainsi va le western transalpin et Django en particulier. Django qui, les mains en bouillie, signe sa vengeance sur la pierre tombale de sa femme.

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