Guet-apens


Doc McCoy, après avoir purgé une longue peine, bénéficie d'une libération conditionnelle. Entendre par conditionnelle : organiser et exécuter un hold-up, en réalité un marché de dupes. Le braquage tourne à l'homicide, le butin est moins conséquent que celui annoncé par le journal télé et une fois la mission remplie, son commanditaire cherche à le supprimer. Sans compter que sa femme a payé de sa personne pour le faire libérer. Leurs retrouvailles physiques après une longue séparation sont marquées par la gêne. Et sans doute aussi pour Carol par le goût amer de son rapport sexuel avec Benyon. Tout le plaisir était pour moi, confessera t-elle à son mari. Les corps, devenus étrangers, se sont oubliés, les regards se prolongent, retardant l'échéance. (Re)faire l'amour s'avère plus une épreuve nécessaire qu'une nécessité amoureuse. Une reprise de contact plus qu'un élan. Davantage que dans la violence des gunfights, le cinéma de Peckinpah se révèle dans les moments les plus intimes, les plus silencieux, les moins spectaculaires. Et aussi dans la violence exercée par McCoy sur son épouse quand il apprend qu'elle s'est salie pour le faire sortir : les gifles adressées, les larmes versées constituent les saillies amoureuses du film.
Le réalisateur de Pat Garrett et Billy le Kid a fait de la chute le motif principal de son cinéma. Un motif autant mélancolique qu'esthétique. Chute des corps, chute des âmes. Vécue au ralenti ou en accéléré. Notable exception dans la cinématographie dépressive de son auteur, Guet-apens ne raconte pas une chute mais une renaissance. Ici, le style convulsif de Peckinpah conjugué à l'élégance corporelle de Mc Queen et à la vérité amoureuse de MacGraw, se marie parfaitement à cette histoire de couple à la dérive qui, lors d'une cavale, est amené à se retrouver. A se reconstruire. Dans la tension et l'exacerbation violente forcément. Parait-il autobiographique.
La beauté singulière des films de Peckinpah ne tient pas seulement à son style. Un style epileptique et elliptique guidé par un souci de véracité dans la violence exhibée, et par une recherche esthétique dans la façon de l'exprimer. La profondeur de ses films doit également beaucoup à la vérité de ses acteurs. A leur véracité expressive et émotionnelle. Ici aux poignantes expressions de MacGraw. Quand Carol met Doc en joue après avoir flingué Benyon. Quand elle lui fait promettre de ne plus remettre çà sur le tapis après qu'il l'ait violemment sermonnée. Et quand elle accélère trop brutalement, empechant Doc de s'engouffrer dans la voiture. Comme un écho au personnage du kid désarçonné par un cheval trop fougueux, dans Guet-apens, le truand chevronné est désarçonné (volontairement ?) par son épouse !

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