Indiana Jones et le temple maudit



Indiana Jones et le temple maudit, le meilleur Spielberg, dans le sens le plus abouti ? Sans doute pas. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on y retrouve les obsessions majeures du cinéaste : l'esclavage, le vampirisme, la mort. En un mot, le nazisme. Ce deuxième opus des aventures du Docteur Jones amorce une trilogie consacrée à son obsession première : le sang. Le sang qu'on dérobe, le sang qu'on prive, le sang venimeux qu'on fait boire. Les enfants qu'on soustrait aux parents, l'enfance qu'on vole. Avant La Liste de Schindler et La guerre des mondes. Avant les SS et les tripodes, les chauves-souris géantes et les adorateurs de Kali. Et Spielberg fait ici des enfants l'enjeu de l'histoire. La pierre de Sankara que doit retrouver Indiana, c'est seulement pour le folklore. L'archéologue aventurier a pour mission sacrée de ramener les enfants chez eux, à leurs familles. De les libérer du joug concentrationnaire des thugs, avatars exotiques des nazis. Indiana Jones et le temple maudit a beau avoir les Indes pour cadre, Indy a beau parler aussi hindi, c'est pas du Bollywood. Gratté le faste et les danses du Palais de Pankot, on y trouve des enfants squelettiques et exsangues labourant les entrailles de la terre. Sous le fouet de leurs geoliers, aux ordres d'un fou sanguinaire. Vision horrifique d'une incroyable noirceur, Spielberg n'y va pas avec le dos de la cuillère. Sous son vernis de film d'aventures, un terrifiant cauchemar, prélude à celui, industrialisé, de La liste de Schindler.
Alors Indiana Jones et le temple maudit, infiniment précieux ? Sans aucun doute. Pour preuves : un enfant dont le regard s'illumine quand Indiana apparaît pour briser ses chaînes, des centaines d'autres recouvrant leurs sourires en retrouvant les bras de leurs parents, un enfant décharné agonisant dans ceux de l'aventurier ultime. Soit les plus belles scènes filmées par le cinéaste, soit l'image la plus forte et la plus significative (dans le sens symptomatique) du cinéma de Spielberg. Le message au coeur du spectacle.

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