Rio Bravo



Un film de Howard Hawks, çà n'a pas de prix. Qui plus est, un western. A plus forte raison, Rio Bravo, la Rolls Royce du genre avec en tête d'affiche sa figure emblématique : John Wayne. Mais un John Wayne sans son cheval. Un John Wayne piéton et urbain. Un John Wayne shérif qui en a ras le chapeau de supporter son borachon d'adjoint : Dean Martin, en alcoolo qui en a marre de fouiller dans les crachoirs (sa rédemption est l'un des moteurs de l'histoire). Un John Wayne secondé par l'idole des jeunes Ricky Nelson (en gardien de vaches qui joue aussi bien de la gachette que de la guitare et de ses cordes vocales) et par un acteur formidablement attachant, à l'image de son personnage : Walter Brennan, alias Stumpy (hors d'usage en argo yankee). Walter en estropié édenté qui râle tout le temps : il veut convaincre qu'il peut encore servir, se prend pour une taupe et a peur que la lumière du jour l'éblouisse. Surtout un John Wayne amoureux d'une jeunette : Angie Dickinson. Angie en joueuse de poker professionnelle. Angie qui cherche à se caser dans les bras confortables de John Wayne. Angie qui ne prendra jamais la diligence. D'où un John Wayne irritable et confus. Donc essentiel.
Filmé à hauteur d'hommes (donc du spectateur), Rio Bravo mise énormément sur ses personnages. Les cernant au plus près, Hawks s'attache à leur donner un cachet authentique prégnant dans son cinéma, mettant l'accent sur leurs faiblesses (physiques et morales) tout en soulignant leurs qualités de coeur.
Western en vase clos, Rio Bravo rejette les grands espaces inhérents au genre pour maximiser la formation ou la résurgence des liens au sein du groupe, thématique chère au réalisateur. Confinés dans un hôtel, un saloon, une prison, les protagonistes sont poussés à une proximité (promiscuité) qui, ici et comme souvent chez Hawks, s'avère cathartique et salutaire. Et source de beaucoup d'humour. Le héros hawksien, ainsi que le spectateur, est peu distrait par le décor ; l'intrigue, classique et secondaire dans Rio Bravo (un shérif loyal et courageux aux prises avec un propriétaire terrien décidé à faire sortir son frère de prison par tous les moyens), a pour mission de servir et nourrir l'histoire des personnages. Non l'inverse. Une fois libéré de son héroïsme et de ses démons (ici sur fond de deguello, la chanson du coupe-gorge qui file la chair de poule), le héros hawksien, contrairement au héros fordien qui s'évanouit dans le paysage et la légende, ne quitte pas la ville et reste en famille.

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