Le corps d'Oyuki



L'érotisme et la mort sont intimement liés dans la culture nipponne. Au point d'en être un argument et une vertu artistiques. Le cinéma en est témoin, et dans le 4ème volume des aventures sanglantes du Loup à l'enfant, le corps d'Oyuki, future victime d'Ogami, est investi de cette ambivalence. Au point d'en être l'une des plus stupéfiantes et éloquentes manifestations. Des six Baby Cart, ce 4ème opus titré L'âme d'un père, le coeur d'un fils est sur le plan graphique le plus fantastique. Et aussi le plus intense. Le personnage d'Oyuki est pour beaucoup dans cette réussite, ainsi que dans l'émotion et la mélancolie éprouvées par le spectateur.
D'emblée, Buichi Saito annonce la couleur en ouvrant son film sur la poitrine d'Oyuki, une bretteuse sensationnelle qui, dans une forêt de bambous géants, élimine prestement cinq adversaires en combattant les seins nus (pour déconcentrer). Le sang de ses assaillants gicle sur sa peau tatouée, faisant de son corps autant un monument érotique qu'un sanctuaire mortifère. Un corps qui a donc vocation à donner mort ou vie, à l'image de son tatouage : un bambin têtant son sein, une sorcière avec une faucheuse dans le dos. Un corps tragique tout entier voué à la vengeance du personnage. Un corps tétanisant et terrassant. Un corps létal.

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