L'enfer de Fulci





Et tu feras face à la mer des ténèbres...

L'enfer des zombies, L'au-delà, Frayeurs, ne sont pas seulement des films alimentaires. L'obsession de Fulci pour la mort et pour la dégradation des corps, loin d'être du chiqué, traduit bel et bien une vision du monde : nihiliste, putride, desespérée. Sa complaisance pour la putréfaction et les sévices en tous genres (en tête desquels figure l'énucléation), aussi malsaine qu'elle soit, n'est pas gratuite en ce qu'elle est en harmonie avec sa vision pessimiste de la vie.
L'enfer des zombies, L'au-delà, Frayeurs, sont des peintures personnelles de l'enfer.
Et l'enfer de Fulci n'est pas celui de Dante, il n'a pas de fondement religieux : il ne menace pas les pêcheurs. Il est déjà sur Terre et n'est pas sélectif. Personne n'y échappe. L'enfer est partout, propagé par les éléments, l'eau et le vent. Il se loge dans les êtres, dans leur chair et dans leur sang, comme dans les murs. Des murs lézardés, qui laissent échapper des plaintes et des cris, qui suintent un passé terrifiant, qui dégoulinent la mémoire horrifique de ses anciens occupants.
Le zombie, dénominateur commun des trois films en question, s'il n'est pas l'unique représentation de cet enfer, est l'un de ses principaux véhicules. Et le zombie de Fulci n'est pas celui de Romero : il n'est en rien métaphorique, il n'est pas envoyé par Dieu ou Mère Nature pour punir l'homme de ses péchés, il n'est qu'un avatar cinématographique, fantasmé, amplifié, grossier de cette nature promise au pourrissement. Le zombie de Fulci regorge et dégorge d'asticots et de vers ; ses orbites, vides, figurent une béance, absente chez Romero. Le zombie de Fulci, sourd, muet et aveugle, n'est plus l'homme qu'il fut, et ne sera jamais domestiqué, encore moins re-civilisé. Le zombie de Romero est existentiel, c'est pourquoi il a la tête en l'air, dans les étoiles, dans le ciel. Jusqu'à ce qu'il trouve une jugulaire, le zombie de Fulci a la tête baissée, dirigée vers la terre. D'où il est sorti. Et il aspire à la réintégrer. L'âme n'existe pas chez Fulci, elle est prépondérante chez Romero. Même les vivants (les personnages, les acteurs) sont creux chez Fulci. Ceux de Romero ont des choses à dire.
Pour tout cela, l'oeuvre du réalisateur italien, si elle n'est pas à la portée de toutes les âmes sensibles, se doit d'être respectée et de ne pas être sous-estimée. Ni sur-estimée en ce qu'elle oublie la beauté du monde et parfois celle de l'homme.

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