Mademoiselle Oyu



Dire d'un film de Mizoguchi qu'il est un chef-d'oeuvre donne tout son sens au mot aujourd'hui galvaudé. Ajouter que Mademoiselle Oyu est à ranger aux côtés desdits chef-d'oeuvres n'est en rien exagéré, tant il témoigne de l'excellence et de la maîtrise absolue du cinéaste japonais dans l'accomplissement de son art. Avec le Mizoguchi d'après-guerre, le cinéma était entré dans son âge d'or, celui d'un art qui en appelle d'autres, celui d'un art complet, celui d'un art total. En Mizoguchi, le cinéma avait trouvé un prophète. Bien-sûr, avant ce Mizoguchi-là, il y eut son égal occidental en la personne de Sternberg. Bien-sûr, avant ce Mizoguchi et le Sternberg parlant des années 30, il y eut Murnau le génie muet. Mais aussi belle que fut l'aurore du cinéaste allemand, l'oeuvre de Mizoguchi était bénie par la modernité acquise du cinématographe. A volonté, le cinéaste pouvait exprimer son génie, le cinéma avait acquis la maîtrise et la parole, sans perdre sa poésie. Bien au contraire. Preuve en est celle de Mademoiselle Oyu. Une poésie, toujours noire et blanche, qui vient se loger dans chaque recoin du cadre, et dans le moindre son, celui d'un oiseau ou d'un chant Nô. Dans le jeu des acteurs. Sobre et millimétré. Une poésie qui vient se nicher dans chaque arbre en fleurs, dans chaque rayon de soleil, dans un funèbre clair de lune. Dans chacune des 24 images/seconde de la pellicule. Dans une fluidité plan-séquentielle et pour tout dire dans le rythme langoureux donné à l'ensemble. Oyu-sama ne déroge pas aux autres Mizoguchi : il coule comme une rivière au milieu de cerisiers volages et immaculés. Et la rivière s'écoule comme un long sanglot. Si pour la fragile Oshizu, percer le secret du coeur d'Oyu était à l'origine de son vain sacrifice, percer le secret du coeur du spectateur était le pouvoir et le génie de Kenji Mizoguchi.

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