A la recherche de l'oeil perdu





L’oeil est le miroir et la fenêtre de l’âme, dit-on. Et selon Jacob Boehme, l’âme est l’oeil de Dieu. A la recherche de cette étincelle divine, les cylons nouvelle génération veulent échapper à l’ungrund de Boeme. Assurément, Battlestar Galactica a un fort accent du théosophe allemand, la série excelle en effet à montrer le désir d’être germer et grandir au fond d’un néant cybernétique. D’autant que le Dieu de Boeme se manifeste par le feu. Un feu qui expliquerait “le grand drame de la gestation divine, le grand drame de la création du monde, le grand drame de la chute et du retour”. Le même feu qui mena à la création des 12 colonies, à la perte de la 13ème, à la création des cylons, à la quasi-destruction de la race humaine, et à sa refondation. Le même feu qui brûle dans les yeux de D’Anna, des Six, des Huit, des Leoben. Le même feu qui brûle dans ceux des quatre derniers révélés. Révélés bien avant l’heure, lorsqu’ils affichaient des soucis oculaires. Physiques, passagers ou définitifs, ou éborgnés symboliquement par la caméra. A trop brûler, à avoir brûlé trop longtemps, la bonne santé de l’oeil peut s’en trouver affectée et la réflection du miroir peut s’en trouver proportionnellement altérée. D’une extrémité à l’autre, la flamme peut être amenée à s’éteindre ou au contraire permettre à l’oeil de voir très loin, de voir au-delà.
Il est dit dans la Bible : “Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi : mieux vaut pour toi entrer dans la vie, n’ayant qu’un oeil que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans le feu de la géhenne”.
Dans la mythologie nordique, le dieu Odin sacrifie un oeil pour acquérir la sagesse. Dans la mythologie grecque, les cyclopes ouraniens créent et fourbissent des armes pour servir le dessein de leur libérateur, Zeus. Ne dit-on pas aussi qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Dans Blade Runner, le test de Voigt Kampf identifie les réplicants en analysant les réactions de la pupille et de l’iris, la seconde réglant la dilatation et la rétractation de la première en fonction de l’ambiance lumineuse et des émotions éprouvées. Là où l’oeil se pose, l’âme s’expose.
BSG accorde à l’oeil la même importance que le film de Ridley Scott, confirmant la parenté entre les deux oeuvres : organe réceptacle et réflechissant, il forge la mémoire et l’âme tout en donnant de précieuses indications sur la nature de son propriétaire. Evidemment, il n’était pas fortuit que l’Oeil de Jupiter devant donner la direction de la Terre ait été découvert par un cylon rongé par ses visions. Et dessiné longtemps avant par une petite fille malheureuse, privée d’un oeil à l’occasion d’un plan.

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