The Wire



De Baltimore, cité portuaire du Maryland, ville mortuaire d’Edgar Allan Poe, nul ne peut s’évader, tout au moins impunément. Représentants de l’ordre et hors-la-loi, petits ou grands, sont logés à la même enseigne. La plupart de ses habitants également. Dockers, chômeurs à mi-temps, futurs chômeurs tout court, putes locales ou d’ailleurs, futures putes, futures mortes ou mortes-vivantes, déshérités en tous genres, noirs ou blancs. Ceux ou celles qui résistent à son oppression finissent impitoyablement dans son estuaire. Même lestés, leurs corps-martyrs remontent toujours à sa surface. Toujours recrachés et rendus à la ville, jamais au comté voisin. Sur la table d’autopsie de sa morgue bondée, jamais rassasiée, échouent également les plus rêveurs. Après avoir goûté au bitume de ses rues, aux murs de ses squatts. Un bitume, des murs qui ont beaucoup à témoigner sur la violence qui gangrène la ville. Sous les pavés, encore des pavés, jamais la plage. Portuaire ne veut pas dire balnéaire. Animé par une sourde volonté de quitter son milieu natal, celui de la rue, celui des gangsters, Stringer Bell fut le plus grand de ces rêveurs. C'était qui ce mec ? Son rêve américain finira là où il l’avait conduit. Dans un immeuble en construction, qui ne sera jamais achevé. Comme tous les rêves. La faute à plus vicieux et plus puissant que lui : le monde véreux de la politique et de la finance, intimes à en vomir. Avon Barksdale, quant à lui, est un gangster pour toujours. Il restera à jamais prisonnier de Baltimore. De ses coins de rues à deals : son seul horizon. Marquer son territoire est son unique but. Il ne franchira jamais les quartiers ouest de Griseville.
Baltimore est la grande salope de The Wire, série sublime et démentielle créée par David Simon et co-écrite avec Ed Burns. Ses amants les plus cannibales ne sont ni Stringer Bell, ni D’Angelo Barksdale, mais bel et bien ceux qui la baisent officiellement : ses huiles et ses élus corrompus. De tous les personnages de The Wire, Omar Little est son amant le plus fidèle et le plus sincère. Le plus flamboyant. Le seul capable de l’aimer. Le seul à réussir à la baiser en douce, à en connaître et à en investir le moindre recoin. A finalement lui échapper tout en ne pouvant la quitter. A une exception près, à s’en tirer chaque fois plus vivant qu’avant. Omar est un survivant de l'apocalypse. Pour ce personnage en marge des marginaux, totalement affranchi, nul besoin de s’en évader. Il est chez lui. Et s’y sent parfaitement à l’aise. Omar, après des replis stratégiques ou récréatifs, revient toujours à elle. Ce Scarface-là est tragique. Davantage que l'une des plus grandes séries jamais pensées, écrites, réalisées et interprétées, The Wire est son écrin.

2 commentaires:

MADmoiselle a dit…

Edgar Poe est né à Boston. Il est mort à Baltimore, où il est d'ailleurs enterré.

Rom a dit…

Merci. Vais de ce pas corriger cette erreur.