Epouses et concubines



Toujours, tu te tiens solitaire par-delà les ondes de mes chants.
Les vagues de mes harmonies baignent tes pieds,
mais je ne sais comment les atteindre.
Et ce que je joue pour toi est une musique trop lointaine.
C’est la douleur de la séparation qui s’est faite mélodie : elle chante par ma flûte.
Et j’attends l’heure où ta barque traversera l’eau jusqu’à mon rivage,
et où tu prendras ma flûte dans tes mains.

Ecoute, mon coeur ; dans cette flûte chante
la musique du parfum des fleurs sauvages,
des feuilles étincelantes et de l’eau qui brille ;
la musique d’ombres sonores, d’un bruit d’ailes et d’abeilles.
La flûte a ravi son sourire des lèvres
de mon ami et le répand sur sa vie.


Rabindranâth Tagore, La corbeille de fruits.



Crois à l’amour, même s’il est une source de douleur.
Ne ferme pas ton coeur.
Non, mon ami, vos paroles sont obscures, je ne puis les comprendre.
Le coeur n’est fait que pour se donner avec une larme et une chanson,
mon aimée.
Non, mon ami, vos paroles ont obscures, je ne puis les comprendre.

La joie est frêle comme une goutte de rosée, en souriant elle meurt.
Mais le chagrin est fort et tenace. Laisse un douloureux amour s’éveiller dans tes yeux.
Non, mon ami, vos paroles sont obscures, je ne puis les comprendre.

Le lotus préfère s’épanouir au soleil et mourir, plutôt que de vivre en bouton
un éternel hiver.
Non, mon ami, vos paroles sont obscures, je ne puis les comprendre.


Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

Aucun commentaire: