Embrasse-moi idiot !

Louer Billy Wilder revient à mettre en avant une volonté constante de dresser de beaux portraits de femmes, de s’évertuer à mettre en scène des femmes à priori nunuches et naïves révélant un cran et un coeur énorme. De rédiger sur le ton de la comédie de formidables évangiles à la gloire de la femme. Jusqu’à travestir ses héros. Jusqu’à faire dire à l’un de ses personnages masculins que seule la femme peut être parfaite. Difficile d’aller plus loin et de faire plus drôle.
Raconter Billy Wilder revient aussi à souligner une volonté acharnée et toujours très estimable de botter le cul aux ligues de vertus américaines. Et par extension à toutes les ligues de vertus de la planète, d’hier comme d’aujourd’hui. En dénonçant la perpetuelle hypocrisie des moeurs américaines avec un entrain qui lui était propre et qui, en réalité, ne devait pas tellement à son maître avoué Ernst Lubitsch.
Raconter Embrasse-moi idiot, l’un de ses films les plus drôles et les plus attachants, revient à raconter un magnifique sourire et un touchant derrière. Le sourire tellement authentique de Felicia Farr qui passe son temps à éviter de s’embrouiller avec son mari, et le derrière tellement voluptueux de Kim Novak qui passe son temps à éviter les mains de ses clients. La première, épouse dévouée, doit déguerpir du foyer conjugual pour permettre à la seconde, fille de joie du lieu de perdition local, de la remplacer le temps d’une nuit, dans le but d’être confiée aux bons soins d’un crooner de passage, le mufle Dino, susceptible de faire publier les chansons du mari.
Billy Wilder n’avait peur de rien, il osait tout. Jusqu’à faire dire à l’épouse qu’elle avait couché avec un autre pour le bien de son époux.
La tournure et la morale de l’histoire ne pouvaient évidemment pas être celles des ligues de vertus déjà citées : Polly le volcan, la prostituée, avait un coeur à faire fondre la banquise, ne couchait au final ni avec le mari, ni avec le crooner, Zelda, l’épouse vertueuse, se montrait très gironde et très sexy, réclamait à son mari une sieste crapuleuse totalement gratuite (entendez sans visée procréatrice, en plein après-midi et un jour de semaine !) pour finir la nuit dans les draps et dans les bras du beau Dean. Avant de retourner à son mari, libérée et épanouie. Avant l'invraisemblable vérité : son mariage allait bien mieux s'en porter.

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