L'enfer blanc



Chez Kubrick, un film en contredit souvent un autre. Sans invalider leurs messages. Sans que l'ensemble de son oeuvre n'en perde sa cohérence. Le contre-pied n'est jamais gratuit. Le cas le plus flagrant : 2001 l'odyssée de l'espace et Shining. Quand 2001 parlait d’évolution, Shining raconte l’histoire d’une régression. Dans 2001, un monolithe déclenchait la métamorphose du singe en homme à la conquète des étoiles. Un monolithe noir pour épouser la lumière. Shining raconte l’inverse. Ici, le rôle du monolithe à l’envers est dévolu à l’hotel Overlook. Un monolithe blanc pour rejoindre les ténèbres. Un labyrinthe hivernal propice à une infernale célébration dont la victime première est un auteur. Un confrère de Kubrick donc. Kubrick lui-même peut-être. Un homme civilisé qui, tout aussi rapidement sous nos yeux, se métamorphose en primate. Physiquement : démarche, regard et langage simiesques témoignent de la saisissante transformation. Et mentalement : Jack Torrance, à la fin, se révélera incapable de revenir sur ses pas pour sortir du labyrinthe. Et finira gelé ! Ramassé et replié sur lui-même, les yeux exhorbités, tel le singe dans sa caverne au commencement de L'odyssée. Dans 2001, les os extraits des animaux morts servaient à l’évolution. La violence était salutaire : tuer pour aller dans les étoiles. Dans Shining, la batte de base-ball sert à revenir aux origines. La violence est vide de sens, elle tourne en rond. Dans Shining, le paysage autour de l’hotel a beau être grandiose, l’homme en est réduit à se renfermer, à ne plus vouloir quitter son habitat, à croire aux fantômes. Ne plus progresser revient à régresser. L’homme a perdu le sens de la conquête. Après les missions Apollo, l’homme a renoncé à aller plus loin.
Shining célèbre une pause, un intermède, dans l’âge de l’homme conquérant.

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